« Salem » de Jean-Bernard Marlin: entre nanar et objet inclassable, un film totalement seul au monde

Roméo et Juliette dans les quartiers Nord de Marseille. Djibril est un jeune comorien des Sauterelles, un quartier difficile de Marseille. Il est amoureux de Camilla, une gitane du quartier rival des Grillons. Lorsqu’elle lui apprend qu’elle est enceinte, Djibril lui demande d’avorter pour ne pas déclencher une guerre des clans. Mais l’assassinat d’un ami de Djibril, sous ses yeux, va embraser les deux cités. Traumatisé, Djibril sombre peu à peu dans la folie. Il est persuadé qu’une malédiction s’est abattue sur le quartier et décide de garder à tout prix son enfant: pour lui, seule sa fille pourra les sauver du chaos.

Un film de banlieue aux allures de conte ésotérique. Il est des films dont on ne sait pas vraiment s’ils sont trop lourds ou trop légers. On se souvenait de Shéhérazade comme un film brûlant d’un sentiment d’urgence, qui prenait le risque de reposer beaucoup sur la spontanéité et la (touchante) maladresse de son anti-héros Dylan Robert, incarcéré à plusieurs reprises depuis. Un film frappé à hauteur de bitume, dévoré par une énergie et une humeur scarfacienne. Salem, second long métrage du doué Jean-Bernard Marlin, est à peu près tout l’inverse.

Comme tant de bidules co-financés par Netflix visant un statut hybride entre le film, la pastille et la série, ce film semble avoir perdu son point de vue en route (à moins que ce ne soit celui de Romain Gavras pour les scènes d’embardées en scooter?) et ressemble à un produit archi-standard qui aurait pu sortir de n’importe quelle manufacture d’images visant le marché mondial… Quasiment aucune scène de ce film-catalogue ne prend vie (gunfight à la sortie des cours, combats de coqs chez les gitans, invasion de cigales pas hyper subtile), inscrivant ce second long dans la catégorie très peu aimable du wanna-be film de genre « à la croisée des chemins ». Les personnages sont réduits à d’effarants archétypes visiblement peu heureux de se trouver devant la caméra, peu aidés par un chapitrage « moonlightien » qui ramène le film [NDLR. réduit d’une heure, après sa présentation à Cannes, pour rendre son histoire plus compréhensible] à un esprit de sérieux absolument insupportable. Sans nous, cette fois. Mais on reviendra pour la prochaine. G.R.

29 mai 2024 en salle | 1h 43min | Drame, Romance
De Jean-Bernard Marlin | Par Jean-Bernard Marlin
Avec Dalil Abdourahim, Oumar Moindjie, Wallen El Gharbaoui

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