[CRITIQUE] ROAD TO NOWHERE de Monte Hellman

Cela fait maintenant des années que Monte Hellman, réalisateur de l’inoubliable Macadam à deux voies, cherche à faire son come-back. Contrairement à ce que l’on a pu lire ou entendre, il n’y a pas eu vingt ans d’absence mais vingt ans de galères : une profusion de projets avortés comme Buffalo 66 dont la réalisation a finalement été confiée à Vincent Gallo; ce sketch pour les Masters of Horror aux oubliettes; ou encore ce projet de long métrage qui n’a jamais vu le jour : Desperadoes, un western sur le gang des frères Dalton, à la base produit par Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson, qui devait se présenter dans le sillage mélancolique de L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2006). Finalement, on le retrouve avec Road to Nowhere, un petit film indépendant qui a coûté et va ramasser peanuts, dont le titre n’est pas anodin (il ne mène effectivement nulle part). Pendant les vingt premières minutes, un cauchemar sublime se répand sur l’écran : on retrouve la puissance de son cinéma des années 70 (inquiétude sourde, contemplation existentialiste) et il y a bien cet éclair de violence sidérant, au bord d’un lac, que l’on ne peut pas révéler. Un pur moment de cinéma et un vrai effet de surprise, révélant incidemment ce que le film aurait dû être. Monte Hellman nous en prive. A la place, il sème la confusion entre la réalité et la fiction, et nous explique comment il a réussi à maintenir cet effet de sidération à travers un «making of de film maudit» surchargé de références (Mulholland Drive, de David Lynch; The Player, de Robert Altman) et de citations (Victor Erice, Ingmar Bergman), vestiges lumineux d’une «époque où l’on savait faire du cinéma». A l’arrivée, l’unique fonction de cette mise en abyme oiseuse et désincarnée, c’est de cracher sur l’industrie cinématographique actuelle régie par des producteurs mercantiles et représentée par une nouvelle génération de cinéastes et d’acteurs bien impuissants face aux icônes d’antan.

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