"Oxygène, j'ai une gueule d'Oxygène?"

De l’air! Une jeune femme se réveille seule dans une unité cryogénique. Elle ne sait plus qui elle est, ni comment elle a pu finir enfermée dans une capsule de la taille d’un cercueil. Tandis qu’elle commence à manquer d’oxygène, elle va devoir recomposer les éléments de sa mémoire pour sortir de ce cauchemar.

Rester horizontal. Après deux décennies passés à se bâtir une solide carrière de réal français spécialisé dans l’horreur et la série B à Hollywood, Alexandre Aja est revenu en France pour tourner à Ivry-sur-Seine Oxygène et ce, pour le compte d’une plateforme, en l’occurrence Netflix. Que les fans de Haute Tension gardent leur calme, Oxygène est loin du slasher ultra-violent ayant fait la renommée nationale et internationale du fils d’Alexandre Arcady. En adaptant un scénario issu de la «blacklist» – sondage annuel qui recense les scénarios non-produits les plus prometteurs à Hollywood –, Aja comble plutôt l’un de ses grands regrets de cinéaste: ne pas avoir réalisé Buried, le survival en huis clos extrême de Rodrigo Cortès, sorti en 2010.

Ainsi, Oxygène prend place dans la même unité de lieu que son modèle, une boîte, ou plutôt un cercueil. La quête de survie du personnage joué par Mélanie Laurent, amnésique, désorientée et en manque cruel d’oxygène (le compteur décroissant rythme les 1h40 de film), s’échappe pourtant régulièrement du cadre stricto sensu de la boîte à travers des flashs de mémoire. Ou encore à la faveur d’un twist inattendu au bout d’une heure, qui propulse, sans trop en révéler, Oxygène dans le domaine de la science-fiction. S’il s’agit d’un film à tiroirs – la protagoniste explore des pistes et impasses, en même temps que sa mémoire lui revient ou lui joue des tours, afin de remédier à sa situation très critique –, il n’en demeure pas moins bien mis en scène, Aja devant remédier aux limites imposées par le cadre très restreint de la boîte. On retiendra surtout une belle scène d’introduction, en forme de naissance claustrophobe rythmée par la musique en nappes saturées de Rob. A l’inverse, les «flashbacks», montés un peu de manière hasardeuse (certainement pour renforcer l’effet «flashs de mémoire»), cassent l’harmonie visuelle du film par leur platitude, comme s’ils sortaient d’un tuto YouTube façon «Comment réaliser un film de Terrence Malick avec votre IPhone?».

C’est évident, Oxygène pêche par excès: excès de fausses pistes, excès de dialogues (malgré la voix-off doucement espiègle de Mathieu Amalric, incarnant une IA), excès de durée… On sent qu’Aja veut à tout prix se démarquer de Buried, et s’il réussit à tenir le challenge, notamment lors d’une belle séquence qui trahit intelligemment le concept même du film en huis clos extrême (bien aidé par les effets spéciaux du studio français Mac Guff), on arrive au bout d’Oxygène essoufflé par tant de pirouettes scénaristiques. Aja donne un peu l’impression de vouloir s’extirper à tout prix de la série B en lui donnant une ambition thématique existentielle, hélas réchauffée. Certes, l’accointance du film avec la situation planétaire actuelle (la pandémie intégrée dans le récit, le confinement de la protagoniste et son besoin d’oxygène) apporte une seconde lecture intéressante. Mais c’est lorsqu’il reste dans le domaine codé du genre qu’Oxygène convainc le plus, à la manière de Crawl, précédente réalisation hollywoodienne d’Aja et sympathique série B dénuée de toute prétention. Finalement, Oxygène nous rappelle qu’on n’aime jamais autant le cinéma de son auteur que lorsqu’il évolue dans le genre pur et dur, plutôt que ses tentatives hybrides et boiteuses dans la lignée de Horns. M.B.

MELANIE LAURENT & ALEXANDRE AJA, PAS PREMIERS CHOIX
Le scénario d’Oxygène a figuré en 2016 sur la Black List, qui recense les scénarios les plus appréciés mais en attente de production. Avant de retrouver Mélanie Laurent devant et Alexandre Aja derrière la caméra, le projet a connu de multiples configurations. À l’origine, Anne Hathaway devait tenir le rôle principal du film, en plus de le produire. Elle est remplacée en février 2020 par Noomi Rapace, avant que celle-ci ne laisse finalement sa place à Mélanie Laurent. De même, ce devait à l’origine être réalisé par Franck Khalfoun et produit par Alexandre Aja. Les deux hommes avaient déjà collaboré auparavant sur 2ème sous-sol et Maniac. Mais en raison de la pandémie de Covid-19, le projet se développe en France et c’est finalement Alexandre Aja qui prend en charge la mise en scène du long-métrage, dont le scénario est réécrit en français. Oxygène marque le retour en France d’Alexandre Aja, dix-huit ans après Haute Tension.

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