[CRITIQUE] OLD BOY de Park Chan-wook

À la fin des années 80, Oh Dae-Soo, père de famille sans histoire, est enlevé un jour devant chez lui. Séquestré pendant plusieurs années dans une cellule privée, son seul lien avec l’extérieur est une télévision. Par le biais de cette télévision, il apprend le meurtre de sa femme, meurtre dont il est le principal suspect. Au désespoir d’être séquestré sans raison$ apparente succède alors chez le héros une rage intérieure vengeresse qui lui permet de survivre. Il est relâché 15 ans plus tard, toujours sans explication. Oh Dae-Soo est alors contacté par celui qui semble être le responsable de ses malheurs, qui lui propose de découvrir qui l’a enlevé et pourquoi. Le cauchemar continue pour le héros.

Après les deux Kill Bill, encore un film formidable où la vengeance est un plat qui se mange très froid ! Louvoyant entre la vie et la mort, une quête rédemptrice et une vengeance manipulatoire, Old boy, troisième long-métrage virtuose de Chan Wook-Park, possède la densité d’un drame Shakespearien à la sauce coréenne et triture allégrement clichés et conventions du polar avec une classe visuelle inouïe. Après Joint Security Area, sombre affaire policière qui masque une superbe histoire d’amitié; et Sympathy for Mr Vengeance, horrible déclinaison sur la loi du Talion qui autopsie l’être humain sous son jour le plus sombre, ce deuxième opus du cycle sur la vengeance (le troisième sera Sympathy for Lady Vengeance) est une sorte de jeu du chat et de la souris pervers, mystérieux, ténébreux, angoissant, retors.

Séquestré pendant quinze ans pour des motifs qu’il ignore, ayant appris l’assassinat de sa femme via un écran de télé, le personnage principal (Choi Min-shik, grandiose) est une sorte de héros maudit qui ignore (presque) tout de son passé. Devenu un monstre sanguinaire, capable de fracasser une dizaine de mecs avec un marteau, il tombe amoureux d’une jeune femme, au moment où il s’y attendait le moins ; coup de foudre cristallisé par une séquence sensuelle: la dégustation crue d’un poulpe vivant. Tous les personnages de cette tragédie pas ordinaire sont des cas désespérés, parce que pris au centre d’un tourbillon vengeur fait de perversions et de mensonges, englués dans un vide affectif vertigineux. Tout le monde paie, chacun à sa façon, et ce qui commençait comme une banale histoire de vengeance se mue en un concentré manipulatoire irréversible. Et c’est – fatalement – horrible.

Critiqué lors du dernier Festival de Cannes par nos amis ayatollahs de la critique qui ne voyaient en ce film qu’esbroufe indigeste et prétention éhontée, Old boy brouille les pistes, oscille entre tous les genres, en tire le meilleur pour délivrer un ballet somptueux où sous le flot d’ultraviolence se cache un romantisme désenchanté, muet, sourd et beau.

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