Montée en puissance. Mariana, une quadragénaire issue de la haute bourgeoisie chilienne s’efforce d’échapper au rôle que son père, puis son mari, ont toujours défini pour elle. Elle éprouve une étrange attirance pour Juan, son professeur d’équitation de 60 ans, ex-colonel suspecté d’exactions pendant la dictature. Mais cette liaison ébranle les murs invisibles qui protègent sa famille du passé. Jusqu’où Mariana, curieuse, insolente et imprévisible sera-t-elle capable d’aller?
Cérébral et un peu physique quand même. Pétri de contradictions et de paradoxes, ce nouveau long métrage de Marcela Said (L’été des poissons volants) a le mérite de se distinguer du tout-venant et a la malchance de sortir la même semaine que Star Wars – Les Derniers Jedi. Pas sûr que ce soit le même public. Mariana (Los Perros) joue dans une autre catégorie que le blockbuster Lucasien, il rappelle la nécessité de l’ambiguïté au cinéma – vous savez, quand le bien peut être mal, le mal peut être bien. Une manière d’appréhender les choses de la vie que l’on oublierait presque à l’heure des jugements expéditifs et sans demi-mesure. Rien que pour étancher cette soif-là, le film vaut le coup d’œil même s’il faut bien avouer que ça met (beaucoup) de temps à démarrer. Une façon un peu plan-plan de nous faire partager le quotidien neutre et donc gris de cette héroïne qui, par une simple rencontre, voit des certitudes voler en éclat et des doutes l’assaillir (où est le bien? Où est le mal? Où suis-je dans ce monde?). Le film est à l’image de cette rupture: d’un côté, on perçoit bien la volonté de représenter cette opulente bourgeoisie chilienne dans toute son horreur larvée de non-dits et lourdée de codes drastiques qu’il serait fort malvenu de bousculer et, d’autre part, la nécessité de traduire les tumultes intérieurs de cette femme entourée d’hommes tous très fiers de leur supériorité, à plus forte raison de la part de ceux qui se prétendent du côté des justes.
A fleur de peau, Said nous rappelle qu’une société fondée sur le déni et l’hypocrisie, c’est avant tout une société qui doit s’attendre à se prendre une baffe dans la gueule le jour où elle se réveillera. Que l’eau ne dort pas éternellement. Qu’il y a un effet boomerang – celui du passé, celui qui ressurgit en pleine gueule. Qu’il y a aussi un effet libérateur – celui du futur, celui qui donne envie de s’affranchir de tous les jougs. Au final, un curieux film du présent où l’on pense le mal loin de nous alors qu’il n’a jamais été aussi proche et qui joue, de façon fluctuante, un peu surchargée il est vrai, sur une tension flottante, indécise. Comme des ondes, des vibrations. Dans son genre, pas de doute, c’est très maîtrisé. On notera juste un bémol de taille nous empêchant d’adhérer à 400%: l’actrice principale Antonia Zegers qui ne se laisse pas apprivoiser et dont le jeu semble faux (ou elle surjoue ou elle traduit pas grand-chose). Ce qui est un peu un problème lorsqu’il s’agit de nous raconter une histoire à la première personne du très singulier.

