[CRITIQUE] MARIA PLEINE DE GRACE de Joshua Marston

Une jeune Colombienne veut quitter son pays. Elle ne trouve qu’un seul moyen : accepter d’être une mule pour le compte d’un trafiquant. Rudesse du destin, pas d’angélisme ni de sainte Marie ; d’autant que l’hostie n’est pas forcément celle qu’on croit…

L’affiche de ce film, grand prix au dernier festival de Deauville, est génialement trompeuse et reflète parfaitement l’effet désiré sur le spectateur : d’une histoire apparemment étrangère et anodine, Joshua Marston a réalisé une fiction douloureuse. Et s’il y a quelque chose qui est plein de grâce ici, ce n’est pas le film à la lisière du documentaire, mais l’actrice Catalina Sandino Moreno qui retranscrit avec une retenue exemplaire les multiples bouleversements d’un personnage à la fois déterminé et paumé qui n’a pas envie de passer sa vie à trimer pour un job minable.

C’est un choix égoïste parfaitement compréhensible mais aux conséquences risquées. Elle le fait au détriment de sa vie sentimentale et familiale mais en pensant à son avenir à elle, dans l’optique de devenir quelqu’un. Ses moyens pour accéder à ce changement social sont extrêmes et empêchent de garantir un destin droitement tracé. Sorte de pendant féminin du In this world de Michael Winterbottom, ce récit initiatique dépeint une réalité effrayante et construit en sourdine une histoire poignante, discrète, avec des personnages fouillés aux blessures encore ouvertes… En explorant un univers inédit au cinéma, en enregistrant sur bobine une lutte pour la survie, Joshua Marston donne à voir sans la moindre ombre ostentatoire un parcours chaotique dont la construction tout en suspens et en halètements répétés s’apparente à celle d’un thriller. La conclusion n’est peut-être pas à la hauteur du reste mais ce contrepoint artificiel ne gâche en rien la puissance d’un drame qui éprouve sans appuyer le trait. Sobriété, efficacité.

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Une jeune Colombienne veut quitter son pays. Elle ne trouve qu’un seul moyen : accepter d’être une mule pour le compte d’un trafiquant. Rudesse du destin, pas d’angélisme ni de sainte Marie ; d’autant que l’hostie n’est pas forcément celle qu’on croit... L’affiche de ce film, grand...[CRITIQUE] MARIA PLEINE DE GRACE de Joshua Marston
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!