Youngjak est le secrétaire de Madame Baek, dirigeante d’un puissant empire industriel coréen. Il est chargé de s’occuper des affaires privées de cette famille à la morale douteuse. Pris dans une spirale de domination et de secrets, perdu entre ses principes et la possibilité de gravir rapidement les échelons vers une vie plus confortable, Youngjak devra choisir son camp, afin de survivre dans cet univers où argent, sexe et pouvoir sont rois…
L’ivresse de l’argent fonctionne de la même façon que le précédent Im Sang-Soo, The Housemaid, le remake assez incompris du classique de Kim Ki-Young : une introduction et une conclusion hallucinantes, une prédilection pour la bizarrerie et le décalage, un style entre comédie humaine et tragédie noire, une galerie de personnages pervers, une morale dérangeante et une gestion des effets illustratifs impressionnante. Un peu logique vu que L’ivresse de l’argent est une déclinaison de The Housemaid au masculin. D’autant que l’on retrouve aussi les mêmes acteurs, dans des rôles différents. Ainsi, sans surprise, ceux qui n’étaient déjà pas convaincus par The Housemaid devraient ne pas l’être une seconde fois (Im Sang-Soo persiste et signe dans le mauvais goût de luxe). Derrière cette surface reluisante, se cache une satire bien sentie et bien méchante renvoyant la Corée à ses clivages sociaux. L’ivresse de l’argent pose aussi la question de l’impunité. L’introduction montre le personnage principal appâté par le gain s’est sciemment mis dans un piège. En acceptant ce pacte Faustien, il perd son identité et devient un objet, comme la domestique dans The Housemaid. Sous forme de conte cruel, le récit met le doigt sur les conséquences de l’ambition : gravir des échelons dans un milieu friqué implique une telle accumulation de renoncements, de compromissions et d’ignominies qu’ils finissent par être insupportables. Mais s’en échapper en cours de route coute aussi un prix élevé.

