Toute la famille se connecte, ouvrez ouvrez les volets de navigation

Mariés deux enfants. Une ado, passionnée à la créativité débordante, est acceptée dans l’université de ses rêves. Alors qu’elle avait prévu de prendre l’avion, son papa, grand amoureux de la nature, persuadé que TikTok est une marque de soda et en froid avec sa fifille, décide que toute la famille devrait l’accompagner en voiture pour faire un road-trip et profiter d’un moment tous ensemble, à l’abri des écrans accaparants. La mère complexée par les photos idylliques de sa voisine tirée à quatre épingles sur les réseaux sociaux, le petit frère excentrique fan de dinosaure et le carlin qui a un oeil à Marseille l’autre à Paris, se joignent au voyage en famille. Mais le programme est soudainement interrompu par une rébellion technologique…

L’équivalent cinématographique de l’unboxing. Difficile de vous vendre ce film d’animation, au demeurant très bien emballé et très bien pesé, sans tomber dans la surenchère. Vous savez, la profusion gavante d’expressions galvaudées qui donnent envie de se foutre une corde autour du cou comme “enfin un film pas con que vous pouvez regarder avec vos enfants” ou encore “voilà un divertissement familial qui séduira toutes les générations de 7 à 77 ans“. Il faudrait en réalité de nouvelles expressions pop-modernes pour traduire le ravissement provoqué par cette drôle de chose animée, clignotant comme un pop-up et mixant tout un pan de pop-culture avec la culture Internet. A travers le périple d’une attachante famille dépassée par la technologie et soudain réunie dans le concret d’une épreuve, il s’agit de faire l’éloge de nos précieuses imperfections dans une époque accro aux objets connectés et avide de performances anesthésiantes.

Avec son exaltation des valeurs familiales comme refuges face à un monde en plein bug et sa critique de nouvelles technologiques qui dévorent nos existences façon Pacman, on pourrait redouter le fond moralisateur comme l’invitation, face au monstre de la technobésité, à rejoindre les rails du conformisme bon teint. Mais loin de condamner la technologie, ce film rappelle juste cette évidence, à savoir l’impact délétère lorsque cette première est employée à mauvais escient. A bon, elle permet à la créativité de s’épanouir comme en témoigne l’art de la grande fille. Le message passe chez tout le monde comme une lettre à la poste (ou un email dans une boîte de réception). La trajectoire peut sembler convenue voire consensuelle, mais elle est dynamitée, pour ne pas dire transcendée, par un feu d’artifice d’inventivité formelle, avec une capacité à rendre les personnages instinctivement attachants (pas de tête à claques et c’est un miracle) et à enchaîner les péripéties à un rythme ininterrompu puis à une cadence démente dans un dernier tiers mémorable.

En d’autres termes, ça fait un bien fou, ça fédère et ça s’adresse à tous les âges. D’ailleurs, parenthèse aux parents chaos qui nous lisent: les enfants comprendront tout ce qui se joue, même si ça fuse, et n’en perdront pas une miette, captivés comme s’ils étaient devant une vidéo de Madame Recré pratiquant l’unboxing sans vergogne, et prendront au passage une leçon de cinéma (art du montage, notion de point de vue…). Les adultes, eux, largués par la novalngue des Internets, s’ébaudiront devant ce pastiche des Indestructibles (mais sans les super-pouvoirs) aux réjouissants emprunts cinéphiliques  (Gremlins, Kill Bill…), aux formes d’humour génialement variées et variantes, générant des émotions plus subtiles qu’il n’y paraît. Mais, hélas pour les deux catégories, le film sort directement sur une plateforme (Netflix) alors qu’idéalement, il aurait fallu le découvrir comme Spider-Man : New Generation, autre réussite animée de Sony, soit dans une salle obscure.

Contrepoint accessoire qui ne saurait entacher le talent des doués Michael Rianda & Jeff Rowe, tous deux venus de la série Gravity Falls et soutenus par Chris Miller et Phil Lord (Tempête de boulettes géantes). Deux amoureux de la pagaille organisée, pratiquant un art consommé de l’accélération vers le n’importe quoi et, ici, le génie. Ils passent à la moulinette les ruines de notre culture en jouant des codes des vidéos de Snapchat et Instagram ou des memes d’internet, ayant pleinement acquis que toute cette culture-là, qu’on cherche tant à passer et à transmettre à de nouvelles générations, se consomme différemment aujourd’hui et que les recours aux filtres, aux courts-circuits et aux inserts sont moins mode que générationnels, rassembleurs. C’est précisément quand il en fait trop que Les Mitchell contre les machines procure une vraie extase avec ses effets démultipliés, ses split-screen, ses mélanges d’animation 3D et 2D, ses effets stroboscopiques, ses collages, son énergie, sa drôlerie… Soit un film en avance, résolument branché sur la même longueur d’onde que l’excellente série animée Le monde incroyable de Gumball. T.A.

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