Voyages voyaaaaaaages. Dans un futur proche, une mystérieuse lune rouge est exploitée à outrance pour son énergie. Alors qu’elle change brusquement de trajectoire et fonce droit sur la Terre, le seul astronaute capable de la détruire refuse d’accomplir cette mission et disparaît. Traqué sans relâche, il croise la route d’une adolescente au tempérament explosif qui va l’accompagner dans sa fuite.
Parfait pour accompagner la réouverture de nos salles de cinéma (même si le pop-corn est forbidden). Voilà un film détonant duquel on sort en se disant que c’est surprenant. Et cela n’a évidemment rien de déshonorant. Le Dernier Voyage n’est ni plus ni moins qu’une authentique anomalie dans le PCF (paysage cinématographique français). Faisant sien tout un imaginaire hérité du cinéma de science-fiction, le réalisateur Romain Quirot nous sert avec une incroyable générosité un maelström de tout ce qui le fait vibrer en tant que spectateur de cinéma. De Blade Runner à Mad Max, de Star Wars à 2001 en passant par Le cinquième élément ou encore Les gardiens de la galaxie (pour la playlist chic et décalée), le film se vit comme une succession de clins d’œil cinéphiliques, égrenés dans une intrigue-prétexte pas franchement des plus palpitante. En gros, une planète rouge va détruire la terre et le seul qui peut nous sauver est en cavale à la recherche d’une forêt dessinée sur un bout de papier (et en quête de lui-même). Notre Héros (Hugo Becker) et son acolyte non désiré (Lya Oussadit-Lessert) fuient le frère psychopathe du premier (Paul Hamy) mandaté par le père des deux zozos (Jean Reno).
La suite, c’est de la cavale façon road-trip en voiture volante dans un désert plein de caddies vides, de combats de coqs entre frangins et des flashbacks intimistes en noir et blanc. Et puis, au beau milieu de tout ça, émerge un cinéma délabré où une partie du mystère sera résolue; une belle idée, il faut le reconnaître. On ne peut s’empêcher de comparer cette tentative au récent et flamboyant Blood Machines de Seth Ickerman. Mais là où l’imaginaire des années 80 et la musique synthé étaient utilisés comme un fantasme hardcore et régressif chez l’autre, ici, nous sommes face à un résultat beaucoup plus formaté… qui n’en est pas pour autant plus accessible. En raison de contraintes liées à son budget et ses impératifs, le film devient un oxymore à lui-seul. Le Dernier Voyage n’est ni pour les enfants ni pour les adultes, ni lent ni rapide, ni doux ni violent, ni passionnant ni insignifiant, ni palpitant ni ennuyeux, ni bon ni mauvais. S’il a constamment le cul entre plusieurs chaises, un public geek venu chercher sa madeleine de Proust et son plaisir du grand écran saura lui tresser des lauriers. Mais ce public désormais en grande majorité converti aux plateformes sera-t-il au rendez-vous? C’est la grande inconnue. Pour l’audace du geste, on ne peut que souhaiter des salles pleines à son réalisateur. On vous encourage vous aussi à aller vous faire votre propre opinion, ne serait-ce que pour soutenir ce genre d’initiative suffisamment singulière pour ne pas être boudée. G.C.
| FAIRE DU GENRE EN FRANCE Depuis l’enfance, Romain Quirot est passionné de cinéma et réalise de nombreux courts métrages. Ses parents l’encouragent toutefois à s’inscrire en fac de droit. Mais, un an avant de devenir avocat, le jeune homme décide de faire un stage de montage. Il réalise ensuite un certain nombre de clips et de pubs, gagne les concours Nikon et Audi talents awards avec le court métrage Un vague souvenir (2014), qui lui permet de financer un autre court: Le Dernier voyage de l’énigmatique Paul W.R. (2015). Ce dernier connaît une belle carrière dans les festivals, reçoit de nombreux prix et est pré-sélectionné aux Oscars. Ce court métrage constitue le point de départ du premier long métrage de Romain Quirot. Parmi ses influences, Blade Runner de Ridley Scott: « Je m’attendais à voir un alter ego de Han Solo, un sauveur qui allait tuer des robots, et contre toute attente, c’était un film sur un réplicant qui rêve de licorne », dit-il dans le dossier de presse. « J’ai été scotché. Blade Runner a constitué une transition dans ma vie de jeune cinéphile. Cela m’a ouvert les yeux sur l’existence de films beaucoup moins manichéens, plus complexes. Et sur l’importance de l’univers. C’est quelque chose qui me fascine: créer un univers dans lequel emporter le spectateur. » |

