[CRITIQUE] LE CANDIDAT de Niels Arestrup

Peu avant l’élection présidentielle d’un état européen, Michel Dedieu a remplacé au pied levé le candidat de son parti, contraint de se retirer à cause d’un cancer fulgurant. Au lendemain du premier tour, il ne lui reste que très peu de temps pour préparer avec son équipe rapprochée, le débat télévisé qui l’opposera à son adversaire. Peu apprécié des médias et de l’opinion, il doit à tout prix améliorer son image et affiner son argumentaire. A cette fin, il organise un week-end de travail dans sa propriété. Le candidat, d’abord docile et fragile se plie à toutes les exigences de son staff, quand, arrivé au bord de l’épuisement, il découvre qu’il est en fait prisonnier d’une terrible manipulation dont il ne s’extraira qu’en jouant sa propre partition…

Dans Le candidat, son curieux premier long métrage, Niels Arestrup, acteur singulier, décrypte l’actualité française et s’échine à montrer le visage humain d’une figure politique déphasée. Pour cela, il utilise des formes d’expression variées en jouant sur la claustrophobie (le château immense semble dévorer ceux qui vivent dedans) ou en cherchant à refléter des angoisses imperceptibles avec un climat quasi-fantastique (oppression insoutenable, machine qui déraille et vérité qui surgit des mensonges). Et ? Et c’est tout. D’où grosse frustration. On avait terriblement envie de découvrir ce qu’Arestrup cachait dans son cerveau mais pas avec ce sujet terriblement commun, terreau propice aux clichés soûlants. Ecueil auquel le film n’échappe hélas pas.
Pour prendre un exemple récent, dans le registre du thriller politique (genre pas si fréquenté dans le cinéma franco-français), Arestrup s’en sort toujours mieux que Delplanque avec Président en évitant ce que ce dernier n’évitait pas : la prétention pédagogique et le ridicule achevé. A vrai dire, à aucun moment, il ne prend au sérieux les ramifications de ce scénario très anodin. Cette désinvolture se ressent dans le film lui-même : languissant, sensuel, intrigant. Toujours ailleurs. En donnant cette impression persistante de filmer son histoire avec détachement (refus de montrer le point de vue des électeurs pour favoriser l’enfermement et l’éclosion de sentiments refoulés), Arestrup accentue le décalage, le dérisoire, le pathétique ; et cela s’exprime jusque dans le jeu fatigué des comédiens, contaminés par la torpeur ambiante (Yvan Attal, dont Niels exploite magistralement l’absence de charisme). De fait, malgré l’admiration sans borne que l’on peut porter à ce comédien trop rare, on reste rétif à cette fiction politique désarticulée qui intrigue uniquement par son atmosphère étrange et éthérée. Dans ces conditions, les ombres de la suspicion et de la manipulation peuvent planer en toute tranquillité.

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