« Late night with the devil » de Colin & Cameron Cairnes: baudruche de festival, chapitre 400 épisode 312

En tournée depuis l’année dernière dans tous les festivals spécialisés, Late night with the devil (direct-to-vod cet été chez nous avant de sortir en Blu-ray mi-septembre) a semé le buzz partout où il est passé. Même pour ceux qui ne l’avaient pas vu, le concept (un exorcisme pratiqué au cœur d’une émission de télé dans les années 70) ne pouvait – apparemment et forcément – donner lieu qu’à un film incroyable. Le doute était permis…

Déjà, impossible de ne pas penser à Ghostwatch, (Lesley Manning, 1992), génial mockumentary british où une équipe de télé investissait une maison soi-disant hantée, ou bien à l’épisode Public television of the dead de la saison 2 de Creepshow, spin-off de Evil Dead où le Necronomicon faisait des ravages sur un plateau. Si on peut vaguement féliciter les deux réalisateurs de Late Night (dont ce n’est pas le premier film) d’avoir filé le rôle principal au droopiesque David Dastmalchian, second rôle hollywoodien qui ne fait que monter, difficile de comprendre la réception généreuse de ce pseudo-Network horrifique.

En guise de point de départ, on nous fait croire à la découverte d’un lost-media, à savoir un talk-show tourné le 31 octobre 1977 lors duquel le présentateur Jack Delroy (hélas immédiatement suspect) avait organisé l’exorcisme d’une adolescente possédée devant un public (et des invités) médusés. Ce qui frappe très vite dans la reconstitution à la truelle de Late Night, c’est son aspect poussif et sa fausseté: le côté « Dossiers de l’écran » auquel on ne croit pas, l’image vaporeuse et numérique (un comble quand même…), son excentricité toc, son rythme cabossé… Et quand arrive le surnaturel, difficile d’y voir quelque chose tenant du jamais vu (en l’occurrence une gamine à tête de croûte s’élevant dans les airs).

Dans sa tentative désespérée de s’affirmer plus malin qu’il ne l’est, Late night tente de brouiller les pistes en fin de course (réalité? pas réalité?), alors que le spectateur attentif a probablement lâché les rênes depuis longtemps. Le fun et l’effroi ont déserté chaque image de ce bidouillage persuadé de réinventer la roue. Mais le pire est à venir: de nombreux décors et cartons du film, conçus à l’occasion pour étoffer l’esthétique seventies à la cool, ont été réalisés via l’intelligence artificielle, se trahissant par leur apparence lisse et sans relief. Et on soupçonne même à ce stade que de nombreux autres artifices ont été eux aussi fabriqués dans le même moule. Car que dire lorsqu’une photographie censée imiter une image analogique ressemble à ces remastering AI dégoulinants pullulant sur le net?

Déjà raté et mollasson en dehors de ses considérations au mieux expérimentales, au pire peu éthiques, Late night with the devil enfonce le clou dans le cercueil en laissant entrevoir un cinéma gangrené par une technologie douteuse, et qui semble aujourd’hui tout engloutir comme un blob toujours plus insatiable. Allez au lit, y’a rien à voir ce soir.

1h 29min | Epouvante-horreur
De Colin Cairnes, Cameron Cairnes | Par Colin Cairnes, Cameron Cairnes
Avec Ian Bliss, Laura Gordon, David Dastmalchian

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