Teresa, employée de banque ordinaire, incite ses clients à faire des investissements risqués pour remplir ses objectifs financiers.
Panther, escroc à la petite semaine, plonge dans le monde de la spéculation boursière dans l’espoir de gagner facilement de l’argent pour payer la caution d’un de ses amis qui rencontre quelques soucis avec la justice.
Enfin, l’inspecteur Cheung est un flic honnête. Jusque-là satisfait de son modeste train de vie, il a tout à coup un besoin d’argent criant lorsque sa femme verse un acompte pour acheter un appartement luxueux au-dessus de leurs moyens. Tout sépare ces trois personnages jusqu’à ce que leur rapport à l’argent – et un mystérieux sac contenant cinq millions de dollars volés – les poussent à prendre des décisions cruciales malgré leurs cas de conscience. Trois vies bouleversées par le monde turbulent de Hong Kong, en plein marasme économique et financier.
Le prolifique Johnnie To n’est pas seulement spécialisé dans les polars HK maniéristes et atmosphériques aux gunfights immobiles. La preuve avec « La vie sans principe », sorte de thriller social, qui évoque la crise économique sur une trame dense et serrée entrelaçant les destins. Sur ce coup, il n’a peut-être jamais paru aussi contemporain depuis le diptyque « Election ». C’est aussi son film le plus singulier depuis « Mad Detective ». Le défi consiste à mettre en place les conditions d’une série d’horreurs potentielles avant de les désamorcer pour prendre le spectateur à contre-pied et apporter une nuance inédite en imposant un univers où l’on ne sait jamais sur quel pied danser. Partant d’une hypothèse forte, l’intrigue vue comme indicateur manifeste du présent adopte alternativement les points de vue de trois personnages différents (une employée de banque, un gangster et un flic) qui sont le produit de leur époque : qu’ils soient dans la norme ou marginaux, ils souffrent tous du même mal. A mesure que les liens se resserrent, le canevas finit par dessiner les motifs paradoxaux de la cupidité, du hasard et de l’exploitation dans un monde kafkaïen. La vraie question, c’est de savoir où ils se situent dans le système : faut-il obéir à ses lois drastiques ou le pervertir de l’intérieur ? Si le résultat est déceptif, To n’a pas perdu la main et s’acquitte des scènes classiques avec brio. Autrement, il cisèle les dialogues pour traduire l’incommunicabilité, joue sur l’espace, multiplie les lieux inhospitaliers, travaille les cadres pour engendrer un sentiment d’oppression. En termes de narration, il use volontiers de l’ironie et l’ellipse, avec suffisamment d’élégance et de fluidité pour donner envie de le revoir dans ce registre.

