Le silence est d’or. À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.
Miracle. Entre conte philosophique et récit d’aventure, ce film aux contours réalistes teinté de féérique a été récompensé au Festival de Cannes du Prix spécial du jury de la sélection parallèle Un Certain Regard, avant de faire l’ouverture du 40e festival international du film d’animation d’Annecy. A chaque fois qu’il est présenté à des festivaliers, c’est l’extase avec pluie de commentaires dithyrambiques à la clé. Est-ce nous allons céder à notre tour? Eh bien, oui. Parce que c’est évident. Évidemment évident. Comme une addition de talents qui a priori n’auraient jamais dû se rencontrer et qui se rencontrent afin de donner du très beau et très doux chaos.
Pour ceux qui ne le connaitraient pas, le cinéaste Michael Dudok de Wit s’est révélé au monde de l’animation en 1994 avec le court-métrage Le Moine et le poisson. Il a ensuite confirmé son talent avec Father and Daughter, un autre court-métrage qui a été couronné en 2001 par un Oscar et a reçu à Annecy le grand prix et le prix du public. Le scénario de ce premier long a germé dans son esprit après la réception en 2006 d’un courriel du célèbre studio japonais Ghibli lui proposant une collaboration. Il s’est alors isolé aux Seychelles puis a écrit un premier scénario, avant de le retravailler avec l’aide de la cinéaste Pascale Ferran. Le film, qui se déroule sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, d’oiseaux et de crabes, ne comporte aucun dialogue, mais est accompagné tout le long par une musique qui cohabite avec les sons de la nature.
D’abord, La Tortue rouge montre les tentatives désespérées du héros pour quitter l’île sur laquelle il s’est échoué, construisant et reconstruisant sans relâche un radeau de fortune, avant de décider d’y faire sa vie, en lien étroit avec la nature. Contemplatif, le film comporte une dose de mystère et de fantastique, incarné par la présence d’une grande tortue rouge, qui va se transformer en femme et devenir la compagne du héros, et avec qui il vieillira, suivant le cycle de la vie. Produit par Wild Bunch et le studio Ghibli, La tortue rouge a été principalement réalisé à Paris et à Angoulême – aux studio Prima Linea – par une équipe de plusieurs animateurs français et européens indépendants. La graphie du film, certes minimaliste mais fouillée, sensible et puissante à l’écran, a été façonnée sur la base de dessins sur papier au fusain, puis au crayon numérique, donnant à l’image une texture granuleuse. Un défi gagnant: la technique la plus complexe au service de l’histoire la plus simple pour être le plus impactant chez le spectateur.

