Benedetta d’un côté, The Nun de l’autre: soudain, les couvents en folie donnent envie aux Américains de se jeter à corps perdu dans une imagerie catho. À peine quelques semaines après Immaculée, et un jour après l’apparition d’un Rihanna sanctifiée pour le magazine Interview, The First Omen se joue à nouveau des cornettes pour nous raconter la genèse de Damien l’antéchrist. Du bon gros projet poussiéreux sorti du tiroir pour contrer sans aucun doute le retour de la saga rivale L’exorciste: par chance, la croûte béante de David Gordon Green aide bien à tolérer l’existence de cette préquelle que personne n’avait demandé. Le teaser bizarroïde sur fond de Fever Ray s’arrangeait pour donner le ton: peut-être que cette fois, on va prier, on va manger et on va aimer. Quel rapport avec la sainte nunsploitation alors? Tout simplement parce que l’action prend part dans un orphelinat religieux à Rome au début des années 70: une jeune américaine, Margaret (Nell Tiger Free, la baby-sitter zinzin de la série Servant), y est fraîchement débarquée pour y prononcer ses vœux. Chapeautée par un prêtre compatissant incarné par Bill Nighy (ah bon?) et surveillée de près par la mère supérieure (Sonia Braga: méchante!!!), elle se prend de sympathie pour une gamine sauvage et recluse à l’identité mystérieuse. Mais un prêtre excommunié la met en garde, l’enfant serait peut-être le fruit du démon… Mais aussi sa prochaine mère porteuse! Comprenez donc la maman du futur Damien…
Par un hasard des calendriers, The First Omen devient le film miroir du tout aussi étonnant Immaculée, où une américaine arrivait, elle aussi, dans un couvent italien avant de vite regretter son mariage organisé avec Dieu. Là où le film de Michael Mohan prenait tout le monde à revers, c’est qu’il ne s’agissait pas de satanisme, mais de son contraire: derrière une cruauté héritée du bis italien (langue arrachée, enterrée vivante, tête écorchée vive…), tout le film se posait en véhicule pour sa star Sydney Sweeney, également heureuse productrice du film. Un gigantesque fuck aux pro-life et aux autres intégristes, mais aussi à tous ceux qui cherchent à soudoyer son corps visible et exposée. Plutôt que s’embourber sur le chemin des bondieuseries de circonstance, (pour combattre le mal, file à la messe!), The First Omen adopte la même démarche anticléricale avec une église cachant une vraie fabrique d’antéchrist (pour des raisons que nous ne spoilerons pas): la barbarie intérieure derrière les mots doux en latin, on connaît bien ça.
Déjà aux manettes de l’excellente mini-série Brand New Cherry Flavor et son errance my-Lynch mi-Cronenberg in L.A, Arkasha Stevenson confirme son goût pour les quêtes féminines truffées de charbons ardents, les corps malmenés (une scène d’accouchement a fait frôler le NC-17 au métrage!) et les complots poisseux: ses seventies orangées ont un goût d’anachronisme (Rumore dans une boîte en 1971?! On adore, mais calmons-nous un instant quand même!) mais débordent de cadres généreux et baroques qui utilisent au mieux le pays de Botticelli. Une direction qui délaisse tout raccord visuel avec la tétralogie originelle, citant plutôt Suspiria (un chuchotement rappelé trop tard, une porte secrète dans un mur ou une vue aérienne de Rome saturée de cris) et Possession, dans un hommage très littéral et un peu gratuit (il ne suffit pas de ressembler à Adjani pour être Adjani, dira-t-on)… Mais on aime trop les actrices folles pour cracher dessus. Cette bataille permanente entre choix éclairés et fautes de goûts (des jumpscares d’une agressivité hors norme, une apparition en CGI de trop, une fin bien trop ouverte pour être honnête) n’arrive cependant pas à éclipser le plaisir ressenti devant un sujet pourtant aussi éculé que celui des fifilles du diable. J.M.
10 avril 2024 en salle | 1h 57min | Epouvante-horreurDe Arkasha Stevenson | Par Arkasha Stevenson, Keith Thomas Avec Nell Tiger Free, Bill Nighy, Sônia Braga Titre original The First Omen |
10 avril 2024 en salle | 1h 57min | Epouvante-horreur


