Harry Lockhart, voleur en fuite, se retrouve accidentellement au beau milieu d’un casting de polar Hollywoodien. Afin de préparer au mieux son rôle, il fait équipe avec un détective privé sans foi ni loi et une comédienne en herbe. Ils finiront par se retrouver impliqués dans une réelle et mystérieuse affaire de meurtre.
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Shane Black est l’un des scénaristes américains les plus doués qui a notamment excellé dans le registre du film d’action. Dans les années 80-90, quelques uns des plus grands objets du cru (Au revoir, à jamais – sans problème le meilleur Renny Harlin –, Last Action Hero, Le dernier Samaritain et surtout les deux premiers opus de L’arme fatale) proviennent de ses mains douées. Le voir à la direction de cette petite comédie charmante relève de la curiosité. En réalité, cela constitue un excellent moyen pour lui d’expérimenter, de s’amuser à côtoyer tous les genres et surtout de mettre en scène comme un grand.
Avec une certaine habileté, Shane Black entremêle les fils de la comédie dynamique et de l’amertume plus amère que douce. Le scénario assez ambitieux multiplie les zig-zags fictionnels et fustige les parcours linéaires. Tant mieux. Imparable, il est mis en valeur par une interprétation potentiellement idéale. L’énergie débridée du personnage incarné par le trop rare Robert Downey Jr donne lieu à de multiples séquences rigolardes. Qu’il plaisante avec des doigts coupés, des cadavres errants ou un chien furibard, le cinéaste fait montre d’un sens burlesque séduisant et tel un métronome, panache l’action, l’humour et la tension. Dans un rôle secondaire de détective privé gay, Val Kilmer écorne également sa lisse image et passe au rouleau compresseur ses désillusions. A contre-emploi, il révèle un potentiel drolatique insoupçonné en en faisant le moins possible.
Progressivement, en démontant ses propres mécanismes formels, Shane démontre par ailleurs qu’il est très à l’aise avec ce genre de petites manipulations où il démolit les frontières entre l’authentique et le factice. Ce genre de petit jeu réclame une complicité active du spectateur. Mais il n’est pas compliqué de céder au charme insidieux de cette fiction. En apparence, le réalisateur fait mine de se conformer aux canons du genre. En profondeur, il veille au respect de la fluidité narrative qui conditionne le plaisir du spectateur et place son film sous le signe du subterfuge. Les zigzags entre la réalité et la fiction constitue pour une fois un excellent running gag qui ne parasite pas la bonne ambiance de l’ensemble. Le film, qui fonctionne sur le décalage des situations, doit beaucoup à la description du personnage principal, loser fini, qui ne cherche pas de rédemption mais simplement à trouver l’amour et enfin devenir un homme, un vrai.
Le résultat, nourri par un sens rafraîchissant de la dérision, provoque une euphorie durable et réjouissante. Les nombreuses répliques qui pimentent le film sont à mettre en résonance avec l’étonnant travail que Black a fait dans les années 80-90 avec des scripts de films d’action, très écrits et travaillés. Ce Kiss Kiss Bang Bang, au titre épatamment incongru, film à la fois tristement gai et jovialement mélancolique, raconte une tonne de choses importantes en arborant une apparente désinvolture. Mais, – et c’est en cela qu’il se révèle riche en promesses – sa spontanéité ingénue et le doux délire qui sourd régulièrement donnent simplement envie de découvrir au plus vite le prochain projet de cet artiste doué. Shane Black, merci.

