Né dans les flammes de l’enfer, le démon Hellboy est transporté sur Terre lors d’une sombre cérémonie célébrée par les nazis, désireux d’utiliser les forces infernales à des fins de conquête. Sauvé par le docteur Broom, Hellboy est alors élevé pour combattre les forces du Mal. Armé, possédant un bras droit en pierre, il fait équipe avec le télépathe Abe Sapien et Liz Sherman, capable de contrôler le feu…
Dans le registre de l’adaptation des super-héros au cinéma, on ne compte plus les bonnes et les mauvaises surprises : Spider-Man 1 et 2 ont su court-circuiter les lois du spectacle hollywoodien pour imposer un scénario intelligent et complexe ; les deux volets d’X-Men ont constitué des divertissements populaires de qualité qui conjuguaient sens du récit et effets visuels sans perdre les néophytes ; Hulk a dérouté les uns qui s’attendaient à un truc formaté et déçu les autres qui n’ont pas eu envie de goûter aux audaces d’un blockbuster finement subversif… C’est au tour de Hellboy, tiré des comics éponymes de Mike Mignola (une première), de passer sur grand écran.
Tout d’abord, le film de Del Toro a le mérite de restituer parfaitement l’ambiance : ambivalences des couleurs et du noir et blanc, clair-obscur en reflet à l’ambiguïté des sentiments… Porté au pinacle alors que ses productions sont pour le moins inégales (il n’est pas interdit de préférer la sensibilité de L’échine du diable au minimalisme apprêté de Cronos), le réalisateur mexicain semblait la personne adéquate pour porter à l’écran ces récits d’autant que Mignola et lui partagent la même prédilection pour la bédé survoltée (ils ont déjà collaboré ensemble sur Blade 2, suite bourrine et décomplexée qui a ses fans)…
Hélas, était-ce la trop grande attente, mais la montagne Hellboy accouche d’une souris et ne constitue en aucun cas l’uppercut fantasmé. Confronté aux limites d’un scénario anémique au clivage manichéen, le film peine à former une unité qui soit cohérente et se confronte aux anicroches d’une bédé reposant uniquement sur le charisme d’un personnage en proie à des questionnements intenses. Outre les influences lovecraftiennes et le romantisme flamboyant (la dernière image en écho à celle de la mort à l’aube dans Blade 2 où l’amour consume littéralement les êtres), le personnage de Hellboy était une aubaine pour Ron Pearlman, acteur cantonné au second rôle et simplement mésestimé, qui parvient à retranscrire ici avec une discrétion exemplaire la dimension tragique d’une figure désabusée et hantée, amoureuse et ironique, inaccessible et spirituelle.

