[CRITIQUE] HARRY BROWN de Daniel Barber

Dès sa première image, Harry Brown prend les atours d’un vigilante hard-boiled qui semble avoir été réalisé dans l’esprit de la série B (la proverbiale contrainte économique stimule l’inventivité) et construit dans l’idée que le spectateur doit en sortir avec l’estomac à l’envers, un arrière-goût de sang dans la bouche. Malgré les apparences, le programme n’a pas grand-chose à voir avec Gran Torino qui revendiquait une complexité psychologique et fonctionnait sur le mythe Eastwoodien au cinéma. Même s’il confond timing et cadence infernale, Daniel Barber, qui a commencé sa carrière comme publicitaire, préfère le pragmatisme brutal et impulsif d’un ancien Marine reconverti en Dirty Harry dans un monde en décomposition. Il en résulte un pur film d’exploitation seventies, manichéen et aride comme l’enfer, que l’on pourra trouver aussi efficace (beaucoup de panache) que douteux (le sempiternel discours réac) et où la justice expéditive témoigne autant du drame intime (la responsabilité individuelle) que du désarroi dans les zones de non-droits (la thèse du déterminisme social où l’environnement détermine les actions). A raison, Barber privilégie l’atmosphère à la partie dramatique, plus faible, qui n’arrive pas à sortir des conventions archirebattues du genre. L’atout de cette croisade urbaine dont l’aboutissement résonne comme une méditation désabusée sur la violence et l’usage qu’en font les hommes, c’est Michael Caine. Des années après La Loi du milieu, le vétéran a la tache de faire passer des états complexes tout en restant impassible à travers un personnage hanté par les mêmes troubles affectifs (la vengeance et l’impossibilité d’échapper à son passé). Par chance, les autres interprètes sont au moins aussi doués et charismatiques. En revanche, la photo esthétisante de Martin Ruhe, fidèle d’Anton Corbjin (The American) constitue presque une faute de goût et ne convient pas toujours à la crudité ni au réalisme recherchés (une agression filmée en DV). A l’arrivée, il y a suffisamment d’action et de rebondissements pour donner un thriller honnête mais sans conséquence. D’autant que les effets sonores et visuels, déjà démodés, donnent l’illusion d’un spectacle viscéral aux plus jeunes spectateurs.

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