En course pour trois Oscars, le documentaire animé danois Flee, sur le périple d’un jeune homosexuel afghan fuyant les troubles de son pays natal pour le Danemark, continue de créer la surprise partout où il passe.
C’est un film d’animation qui, selon son réalisateur Jonas Poher Rasmussen, veut rendre « un visage humain » aux migrants et rappeler qu’être réfugié « n’est pas une identité ». Il arrive sous les projecteurs de la cérémonie américaine des Oscars alors que des millions d’Ukrainiens sont aujourd’hui sur les routes de l’exode, avec une porte européenne beaucoup plus ouverte que pour d’autres migrants.
Ce documentaire s’articule autour d’une conversation entre le réalisateur de 40 ans et son ami d’enfance – rebaptisé Amin dans le film – venu il y a 25 ans, alors qu’il était adolescent, s’installer seul dans un petit village à la campagne non loin de Copenhague. Alliant 2D classique et fusain aux images d’archives, Flee offre une réflexion sur les affres de la fuite autant que sur la quête d’une place dans le monde, un thème universel. Le film a aussi évidemment trouvé un autre écho d’actualité avec le retour au pouvoir des talibans à Kaboul l’été dernier. Dans les années 80 et 90, enfant revêtant les robes de sa sœur puis adolescent fantasmant sur la musculature de Jean-Claude Van Damme, Amin ne pouvait exprimer librement son homosexualité, une contrainte qui a culminé avec la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en 1994. Le film retrace la recherche d’un endroit dans le monde où vous pouvez être qui vous êtes, avec tout ce que cela implique, avec votre sexualité, votre passé, et tout le reste.
Arrivé au Danemark vers 1996, son ami n’osait ensuite pas raconter sa vie et s’est bâti une armure qui l’empêchait de s’ouvrir aux autres. Désormais marié et propriétaire d’une maison au Danemark, Amin est ravi que son anonymat renforcé par le recours à l’animation lui permettre de vivre incognito sans que tout un chacun connaisse les traumatismes de sa jeunesse et les atermoiements de sa vie d’adulte, selon son ami cinéaste. Candidat officiel du Danemark dans la catégorie meilleur film étranger, le film, primé aux festivals de Sundance et d’Annecy, est aussi nommé pour l’Oscar du meilleur film animé et du meilleur documentaire. Un paradoxe pour un Danemark connu pour sa politique d’accueil ultra-restrictive, mais qui a, lui aussi, changé de pied avec les Ukrainiens. Jonas Poher Rasmussen reconnaît avoir été surpris par le succès de son film – son huitième – lui qui n’avait jamais réellement percé à l’étranger contrairement à ses confrères danois Lars von Trier ou Thomas Vinterberg.



