N’oublie pas que tu vas mourir. Takakura, un ancien policier devenu professeur à l’université, se voit replongé dans son passé lorsqu’un ex- collègue lui demande de l’aider dans une affaire non résolue d’une famille ayant disparu dans la nature. Pendant qu’il mène gentiment l’enquête durant son temps libre, sa femme, seule à la maison, s’ennuie, et semble tisser un lien inquiétant avec un voisin pour le moins étrange…
Parfait pour l’été. A bien regarder, Creepy rappelle Cure, un autre thriller de Kiyoshi Kurosawa. Ne serait-ce que pour son humeur. Le sens de l’atmosphère, le travail sur la lumière et la gestion du suspense. Creepy évoque aussi un autre film de Kurosawa: Séance dans lequel un couple sans histoire voyait son quotidien bouleversé par le kidnapping d’une petite fille et où la femme et l’homme du couple vivaient les événements traumatiques de manière différente, avec un fantôme traduisant un inexorable sentiment de culpabilité. Creepy s’inscrit clairement dans cette veine-là et elle est fascinante. Parce que tout y est complexe et que, pendant longtemps, le spectateur ne sait pas sur quel pied danser. La séquence liminaire assez impressionnante (un entretien puis une prise d’otage qui se termine mal) donne le ton: ce sera résolument inconfortable. Et en un sens, c’est tant mieux: Kyoshi Kurosawa est de retour aux affaires après quelques tentatives peu probantes (Le secret de la chambre noire, avec Tahar Rahim).
En dépit du titre et du sérieux papal de la première demi-heure, Creepy est aussi et surtout un film élégamment zinzin qui change d’environnement, qui passe d’une dimension à une autre au gré de ses rebondissements et qui tend vers la farce pathogène dès lors qu’il s’attarde sur un mystérieux voisin – l’acteur Teruyuki Kagawa, que les fans de Kurosawa avaient déjà apprécié en tueur dans Shokuzaï(2012), jouant non sans délectation l’ambiguïté –, la fille et la femme de ce dernier. Le ciment reste le couple principal: l’ancien flic et sa femme en mode desperate housewife. Évidemment, la mise en analogie de l’ennui domestique chez elle (elle s’occupe du chien, du diner et des gâteaux) et de l’enquête sur une personne disparue chez lui (l’ancien policier ne s’est jamais remis du trauma initial) n’est pas innocente. La mise en scène la suggère à travers quelques plans étonnants comme celui, signifiant, où la caméra fixée à un drone révèle un panorama du quartier sinistré. C’est une manière comme une autre de nous rappeler qu’en dépit d’une nature bienveillante et d’une apparence calme, se cachent des trésors de noirceur et de monstruosité – le mal pouvant se cacher dans des zones rassurantes, au sein du couple comme au sein de la famille. On regarde avec un certain délice ce thriller dense, bien écrit et bien joué, et ce jusqu’à la fin ouverte. Il apporte, à sa façon, une preuve supplémentaire que lentement et sûrement, Kyoshi Kurosawa s’impose définitivement comme l’émule le plus crédible et le plus doué de David Lynch.


![[CRITIQUE] SONG TO SONG de Terrence Malick](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2017/06/song-to-song-1068x557.jpg)