[CRITIQUE] CAPTIVITY de Roland Joffe

Un mannequin et son chauffeur sont kidnappés par un serial killer. Enfermés ensemble dans une pièce exiguë, ils tombent bientôt amoureux.

Au premier abord, Captivity peut faire office de curiosité stimulante. La présence de Roland Joffé, réalisateur naguère prestigieux de Mission et La déchirure aux commandes d’un thriller horrifique scénarisé par Larry Cohen est suffisamment intrigante pour donner envie de vérifier par soi-même les rumeurs qui circulent à son sujet. Hélas, dès les premières images, on décèle le pot aux roses et on découvre un nanar première catégorie plus hilarant que potentiellement effrayant. Comme son personnage féminin, le film semble victime de la mode. L’assimilation marketing à cette nouvelle vague des splat pack (groupe de cinéastes dont font partie James Wan, Eli Roth, Rob Zombie et Alexandre Aja) est tellement opportuniste qu’elle dessert un film qui n’a aucune ressource pour rebondir. Faute de substance, l’ensemble, inoffensif et grotesque, démolit sa réputation pseudo-sulfureuse. D’un bout à l’autre, les auteurs se contentent de surfer sur une vague en reprenant des effets et des idées déjà exploités ailleurs en mieux sans chercher à débroussailler le terrain ou à expérimenter.

Ceux qui connaissent les fictions antérieures de Roland Joffé (cinq Oscar et une Palme d’or) risquent eux aussi d’être désagréablement surpris. Tout donne à penser qu’il a vendu son âme au diable en dilapidant toute la crédibilité qui lui restait. Non seulement le film possède pour principale faiblesse le risque de perdre le spectateur si celui-ci venait à deviner trop tôt le coup de théâtre final (aussi évident que le nez au milieu de la figure) mais en plus essaye de transformer une série B hypertrophiée en film de prestige. Ce genre peu glorieux est usuellement réservé à ceux qui débutent (genre Darren Lynn Bousman) ou veulent se faire un nom. Dans le cas contraire, il faut s’en inquiéter. Avec une accumulation d’effets empruntés au clip comme le montage saccadé, la mise en scène de Joffé n’a plus aucune grandeur tant son principal objectif consiste à nous faire prendre des vessies pour des lanternes en comblant sa vacuité par des artifices tape à l’œil (cadres obliques, photo criarde, son poussé au maximum).

Sorti à la sauvette, Captivity ne devient donc qu’un plagiat éhonté de Saw (deux personnages enfermés qui doivent deviner qui les traque) agrémenté d’une touche de sentimentalisme mièvre (le mannequin et le chauffeur sont tellement mignons qu’il serait intelligent de les faire tomber amoureux l’un de l’autre) et d’invraisemblances patentes à faire frémir Jack Bauer. Le vétéran et respectable Larry Cohen n’a même pas cherché à travailler une intrigue policière convaincante pour agrémenter le suspense. Totalement déconnecté du sujet, presque en abnégation, Roland Joffé enfile les rebondissements (convenus) jusqu’à ce qu’ils finissent par lui éclater au visage, comme une baudruche trop gonflée. On est proche du suicide artistique. Les acteurs, eux, font ce qu’ils peuvent mais comme toujours dans ce genre de situations embarrassantes, leurs efforts méritoires ne peuvent sauver que ce qui peut l’être.

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