[VOX POPULI] « Borderlands » de Eli Roth: « Un blockbuster fainéant dont la seule qualité est de ne pas provoquer d’urtication »

Tom Bellarbi–Jean, lecteur chaos et fidèle sur notre compte Discord, revient pour Chaos sur le film Borderlands de Eli Roth. Pour envoyer vos tops, lettres, critiques etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

«Prenez une voix de voix-off ringarde et lisez: il était une fois, une actrice remarquable était sur le point de faire trembler l’industrie cinématographique à coups d’accordéons et de regards ténébreux. Cette actrice se nomme Cate Blanchett, mais elle ne sait pas encore que son talent irradiera l’écran dans l’excellent Tar de Todd Field. Ce qu’elle sait en revanche, c’est que la Covid, elle en a ras la casquette, au point de jouer avec des tronçonneuses. Alors, car ce comportement semble l’inquiéter, son petit ami lui proposera le script d’une série B de SF, adaptée d’un jeu, dit-on, il y a des gros mots, des gens torses nus et du sang (même si les producteurs ne sont plus sûrs). Pour fuir la morosité ambiante, Cate accepta, elle embarqua dans la promesse d’une aventure fun sur Pandore (sans A évidemment), LA planète la plus dangereuse de la galaxie où se trouve la jeune fille d’un magnat de l’univers. Et là, elle fera plein de rencontres qui changeront sa vie de chasseuse de prime ténébreuse et cynique, et apprendra même une leçon fondamentale (en plus que, les riches, ils sont méchants), l’amitié, c’est vachement sympa.

Trêves de mondanités, Borderlands (le film, entendons-nous) est une merde. La question est plutôt de savoir qui est surpris? Parce que ce projet a subi un nombre incroyable de problèmes de développement et de production dont le dernier The Crow a aussi fait les frais. Rien ni personne ne semblait réellement concorder avec l’envie de bien faire si ce n’est, au mieux, de s’amuser, et pour enfoncer le clou, on avait affaire à une direction artistique et logistique semblable aux Venom ou autres Suicide Squad. Pourtant, malgré le fait qu’à ce niveau le film ne déçoive pas d’un iota, il paraîtrait que cette fois-ci, du côté du public, les choses changent. Après tout, on ne s’ennuie pas, on rigole même, deux fois j’ai compté, sur 1h35 (hors générique) c’est un ratio acceptable, puis toutes ces références, les gens derrière sont de vrais fans, c’est sûr!

On se souvient de ces commentaires à la rhétorique implacable, et qui déjà tentaient de sauver le crédit d’une autre adaptation vidéoludique récente, Five nights at freddy’s, qui a privé du bon sens nombres adeptes de lore et autres scénarios aussi alambiqués que celui d’un The Room. Une «analyse» surlignant pour autant ce que sont ces films: des films élitistes, plus que le dernier Godard ou Albert Serra, car ne pouvant être que pleinement apprécié que par ceux ayant assez de temps pour connaître sur le bout des doigts la mythologie de leur jeu, comic book ou univers étendu), au point où ils peuvent passer outre des inconsistances d’écriture et une mise en scène indigente.

Ni voyez pas un règlement de compte, juste un constat personnel, un constat qu’on s’était tous faits lors de ce légendaire 1ᵉʳ avril 2009, sortie du grandiose Dragonball Evolution; s’étant illustré dans l’exercice de la création du pire film, avec d’abord, une structure esthétique mêlant mauvais goût absolu, incompétence hallucinante, niaiserie nauséabonde et cynisme anesthésiant, mais aussi la mauvaise idée d’adapter (à la pisse) l’une des licences les plus populaires; et à un film déjà mauvais, on peut rajouter une «tentative» d’adaptation mêlant ridicule à mourir de rire et insulte à la décence. On avait senti la tentative ô combien cynique de surfer sur une vague sans correctement appréhender le médium transposé, et les fans ne s’y sont pas trompés en dénonçant un fan service grossier et un lissage d’une licence américanisé et dévaluée de toute saveur au profit d’un divertissement tout public censé amuser tout le monde, petits comme grands.

La grande ironie, vous la connaissez, le film n’a plu à personne, et vous me voyez venir, par rapport à Borderlands, le constat fait il y a 15 ans se répète inlassablement face à cette adaptation, dont le terme même d’adaptation semble hors-sujet tant cette babiole s’évertue à uniquement transposer des éléments connus et apprécié de la trilogie de Gearbox. Plaçant ces derniers au hasard sur une carte où nos personnages naviguent machinalement sans broncher, mais aussi, sans apporter la moindre substance et crédit, pourtant composant du succès public et critique du jeu d’origine. Malgré tout, cette fois-ci, ce ne sont pas des tonnes de huées, mais au mieux une indifférence tout de même assassine pour le succès du bousin, et au pire, une satisfaction, celle d’avoir su apprécier les pièges les plus grossiers, qu’on moquait pourtant il y a encore 10 ans.

Vous pouvez donc vous demander, d’accord, oui, mais que dire de plus? La réponse n’est rien, et c’est bien pour ça que j’ai préféré mettre en avant une comparaison peu reluisante plutôt que d’analyser en long large et travers cet accident industriel sans le moindre zèle. De Dragonball Evolution et Borderlands, il n’y a qu’un pas, tant ces deux licences ont été souillées pour convenir à une soupe fabriquée par Hollywood, mais périmée depuis quatre décennies ; mêlant tous les archétypes d’écriture les plus attendus de ce genre de film d’aventure et en y ajoutant de l’humour à deux francs prenant le plus puéril d’un Gardiens de la galaxie et le plus vulgaire d’un Suicide Squad. Ajoutez à ça un univers visuel profondément random, mêlant les pires clichés du cinéma de s-f, la pauvreté des décors et effets visuels jusqu’à l’inconsistance d’un monde sans le moindre fond et aux enjeux dépassés et risibles. Enfin surtout en enlevant toute la violence et la subversion du matériel d’origine, histoire de convenir à un public «plus large»; et c’est au moins le dernier clou dans le cercueil avisé par les producteurs derrière ce naufrage financier, lissant une licence malpolie, comme ils auraient mis du gel sur les cheveux d’Eminem pour son entrée au casting de la nouvelle saison d’Hannah Montana.

De l’écriture à la mise en scène, tout a été calculé par des hommes ressemblant dès lors plus à des algorithmes, et accouchant du résultat le plus désespérément convenu et dans l’air du temps possible. On ne parlera pas de la présence d’Eli Roth à la réalisation, car proprement rien ne le rapproche d’une quelconque manière à cet encéphalogramme plat (l’auteur de ces lignes considère le bonhomme comme frauduleux). Même le casting, à part exagérer les traits de caricatures et jouer avec talent la niaiserie enfantine sur la fin (sans parler d’une scène de flash-back dramatique à mourir de rire), vous ne verrez rien à part des riches s’amuser dans le roleplay le moins rentable du marché. Sinon la musique est une bouillie sonore, les décors semblent s’épuiser à vue d’œil, l’humour se résume à « Dora l’exploratrice découvre TheKairi78 », et je pourrai continuer longtemps à décrire les énormités de ce furoncle fluo, mais à l’entame du générique, rien n’apparaît à l’esprit à part le bruit de la caisse. Borderlands c’est ça, un énième blockbuster fainéant, dont la seule qualité est de ne pas provoquer d’urtication et de ne pas paraître trop long, mais qui en souillant totalement une licence au potentiel certain et en exacerbant, par un cynisme gerbant, tous ses défauts ne laissant plus de place à la moindre réussite, même accidentelle. Au final, on pourra lui garder ça dans les livres d’Histoire, s’il fallait un exemple qui incarne toute la décadence créative et intelligible du Hollywood actuel, privilégiant les ratés monumentaux aux contenus sans âme, niais et desquels il n’y a rien à dire, alors on l’a trouvé.»

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