Après avoir traité John Lennon avec Nowhere boy (2006), puis l’addiction avec A million little pieces (2018), Sam Taylor Johnson reprend un peu des deux avec Back to black qui propose une biographie d’Amy Winehouse, musicienne prodige morte à 27 ans d’intoxication alcoolique en 2011. Le sujet avait été traité sous tous les angles dans Amy (2015), le documentaire brutal d’Asif Kapadia. Restait donc à la réalisatrice anglaise de se démarquer en insistant sur la personnalité attachante de la chanteuse, accentuant du même coup la tragédie de sa vie marquée par les désillusions et l’addiction. L’approche est courageuse, parce qu’elle ne manquera pas de susciter les objections des fans ou des spécialistes qui reprocheront d’avoir passé sous silence certains éléments ou édulcoré la réalité. Le film réussit son pari grâce à l’irrésistible interprétation de Marisa Abela, qui prouve qu’il n’y a pas besoin de ressembler physiquement à un modèle pour l’incarner (de même qu’Aaron Taylor Johnson n’était pas vraiment le sosie de John Lennon).
Nous faisons connaissance avec la chanteuse à l’aube de sa carrière, alors qu’elle vit encore avec une partie de sa famille juive dans le Nord de Londres. Amy chante avec une passion pour le jazz, et elle est encouragée dans cette voie par sa grand-mère. Assez vite, elle se fait remarquer mais, et c’est un des défauts les plus frustrants du film, on n’en saura pas beaucoup plus sur ce qui a amené Winehouse à devenir musicalement qui elle était: pas seulement une interprète prodigieuse, mais une compositrice inspirée et instinctive. On voit bien l’influence des producteurs qui essaient de la guider autant que possible, avec la collaboration parfois comique du père de Winehouse, lequel apparaît beaucoup plus protecteur que dans le Kapadia, mais Eddie Marsan le rend probablement plus sympathique qu’il n’était en réalité.
Le film se concentre sur la vie sentimentale de Winehouse, notamment à travers sa liaison avec Blake Fielder-Civil (Jack O’Donnell), qui a été l’amour de sa vie en même temps que l’artisan de sa destruction. Leur rencontre dans un bar de Camden donne à O’Donnell l’occasion de briller dans un numéro de flambeur désinvolte qui ne cherche même pas à la séduire (il a une petite amie juste à côté) et qui lui fait croire (ainsi qu’aux spectateurs) qu’il ne sait pas qui elle est. L’avenir sera moins reluisant pour le couple qui entame une relation marquée par l’usage de drogues dures. Blake y mettra fin lors d’une visite d’Amy à la prison où il purge une peine pour trafic: il a compris qu’ensemble, ils ne font qu’additionner leurs tendances autodestructrices, et c’est pourquoi il demande le divorce. Étrangement, personne n’est montré comme foncièrement négatif, à part les paparazzi qui harcèlent la star de toutes les façons possibles et précipitent sa chute en lui annonçant que son ex-mari vient d’avoir un enfant. Winehouse en est terriblement affectée, parce qu’elle rêvait de vivre une vie de mère de famille. Aussi sentimental que puisse paraître Back to black, son parti pris de bienveillance n’est qu’une façon de compenser, sans les ignorer, les aspects les plus sombres de la vie de la star. G.D.
24 avril 2024 en salle | 2h 02min | Biopic, Drame, Musical, RomanceDe Sam Taylor-Johnson | Par Matt Greenhalgh Avec Marisa Abela, Jack O’Connell, Eddie Marsan |
24 avril 2024 en salle | 2h 02min | Biopic, Drame, Musical, Romance


