[CRITIQUE] ARMY OF THE DEAD de Zack Snyder

Apocalypse fun. Las Vegas est devenue zone interdite depuis qu’elle est occupée par des hordes de morts-vivants avides de sang et de chair humaine. Un groupe de mercenaires adeptes des gros calibres tente d’infiltrer la ville pour mettre la main sur des millions de dollars qui dorment dans un coffre-fort du célèbre Strip, avec seulement quelques heures devant eux avant qu’une bombe nucléaire ne soit lancée pour débarrasser les lieux de ses sinistres habitants.

Arlésienne geek de ces dernières années, Army of the Dead sort enfin ce vendredi 21 mai sur Netflix, et devient donc le deuxième projet de Zack Snyder à sortir en SVOD cette année après le nouveau montage de son Justice League. Initialement conçu par Warner Bros et Universal Pictures comme une suite à L’Armée des morts, premier film de Snyder sorti en 2004, et remake nerveux et efficace du Zombie de George A. Romero, que devait réaliser Matthijs Van Heijningen Jr. (auteur de l’infâme prequel de The Thing en 2011), Army of the Dead a finalement été récupéré par le leader des plateformes de streaming, gonflé d’un budget de 90 millions de dollars. Le retour de Zack Snyder derrière la caméra et l’annonce de Dave Bautista en tant qu’interprète principal du film achevaient de transformer le projet horrifique de départ en un semi-blockbuster décomplexé et bourrin, laissant l’horreur au second plan. Un genre qui convient mieux au réalisateur de Sucker Punch, loin du ton solennel de ses films de super-héros, et leur symbolisme grossier.

Army of the Dead est un film bête et (pas assez) méchant, qui vient surfer sur la vague des films de zombie biberonnés à l’action sortis dans les années 2010: World War Z de Marc Forster et les deux films live de Yeon Sang-ho, Dernier train pour Busan et Peninsula. La parenté avec ce dernier est d’autant plus justifiée que Army of the Dead partage quasiment le même pitch que le film coréen. Soit le braquage d’un butin en territoire zombie par une bande de casse-cous biens armés – remplacez seulement la ville portuaire d’Incheon par Las Vegas. Cependant, là où Peninsula assumait son mauvais esprit jusqu’au bout (en marchant sur les traces de Mad Max Fury Road), le film de Snyder reste étonnamment sage. Bien que le film soit plutôt gore pour une production Netflix (la scène de mise à mort d’un truand par une tigresse zombie vaut le coup d’œil), le réalisateur a choisi de ne pas pousser les curseurs à plein régime. Un choix qui s’explique certainement par le spectre du drame qu’a vécu Zack Snyder (le suicide de sa fille) et qui hante le film du début à la fin (la relation père-fille incarnée par le convaincant duo Bautista-Purnell). Dans le registre du pathos, Snyder se montre d’ailleurs plus fin que Yeon Sang-ho, qui en faisait des tonnes dans Peninsula.

Army of the Dead se cherche continuellement, imposant par exemple un long tunnel de scènes dialoguées fastidieuses (une heure de film, quand même) avant de virer au feu d’artifice pour ses trois derniers quarts d’heure. Une œuvre curieuse, qui vient pécher quelques bonnes idées ailleurs (les zombies intelligents formant une tribu sanguinaire et guerrière façon Ghost of Mars de John Carpenter) sans jamais hélas aller au bout de ces dernières. En ressort l’étrange impression que les morts-vivants ne sont qu’un prétexte, tant ils sont sous-exploités en dehors de la belle introduction et d’une séquence à suspense. Alors qu’on aurait pu rêver d’un film revendiquant l’héritage de Dead Rising 2, le jeu de Capcom de 2010 où l’on dézingue des zombies dans un Las Vegas fictif avec tout ce qu’on trouve sur notre chemin, Army of the Dead nous apparait finalement comme un spectacle hybride. Sa dose de fun est constamment parasitée par un écho désenchanté et souterrain, qui ne parvient pas totalement à se matérialiser. Il en va de même pour le potentiel politique du film, si cher à Romero, qu’on entraperçoit seulement dans ces images de camps de réfugiés. Ou bien dans le final que l’on ne vous déflorera pas. Un constat d’échec qui ne contrarie pas pour autant le sentiment de plaisir coupable incarné par cet Army of the Dead. M.B.

TIGRE ZOMBIE SUPERSTAR
Dès qu’il surgit à l’écran, c’est lui la star: le tigre-zombie. Il a d’ailleurs droit à l’une des meilleures scènes de Army of the dead. Zack Snyder s’est expliqué à ce sujet dans un Q&N auquel nos confrères de FilmsActu ont assisté. « Même une moule peut devenir zombie. Seuls les oiseaux échappent au virus. On s’est amusé à imaginer le pire. Le tigre zombie est venu rapidement. Il s’appelle Valentine ».

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21 mai 2021 sur Netflix / 2h 28min / Action, Epouvante-horreur De Zack Snyder Par Joby Harold, Shay Hatten Avec Dave Bautista, Ella Purnell, Omari Hardwick[CRITIQUE] ARMY OF THE DEAD de Zack Snyder
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