Qiao Yu’e et Liu se retrouvent après 50 années de séparation. En 1949, soldat dans l’armée nationaliste, Liu a fui Shanghai devant l’avancée des troupes communistes. Parti se réfugier à Taiwan alors coupé de la Chine continentale, il a laissé derrière lui sa femme Qiao Yu’e enceinte de leur enfant. 50 ans plus tard, il retourne à Shanghai où il retrouve son amour de jeunesse et lui propose de venir vivre avec lui. Mais Qiao Yu’e a refait sa vie…
Wang Quan’an fait un cinéma entre deux eaux. Le mariage de Tuya, qui l’avait révélé en 2006, se voulait un témoignage à la fois personnel (un hommage à la mère du réalisateur) et ethnographique (un regard sur la condition des bergers chinois menacés par l’expansion industrielle) avec une envie de brouiller la frontière entre la réalité et la fiction. Depuis, il refait le même film sans obtenir d’effets réellement différents avec à chaque fois un personnage féminin fort qui, selon la tradition chinoise, doit accepter le destin qui lui est tracé, et qui en le refusant révèle un courage que les Chinois n’ont pas tous lorsqu’ils sont confrontés, comme aujourd’hui, à la nécessité de se redéfinir. La tisseuse, son précédent long métrage, suivait une autre héroïne, condamnée par la maladie, minée par le travail et soudainement rattrapée par le passé. Dans Apart Together (prix du scénario au festival de Berlin en 2010), le cinéaste mélange ses sujets de prédilection avec un goût prononcé pour la dramatisation.
Hélas, son mélodrame politique et social semble souvent effrayé par des sujets trop grands pour lui (les familles séparées par les guerres, les relations conflictuelles entre la Chine et Taïwan). C’est d’ailleurs pour cette raison que Wang Quan’an s’en tient à l’intime et récite un programme : la femme tiraillée par un choix Cornélien, l’effroi provoqué par la modernité, le retour nécessaire aux sentiments, la radiographie des disparités de la Chine contemporaine. De même, ses sempiternels dispositifs de mise en scène sont déclinés à l’envi : mettre en opposition le groupe et l’individu dans l’échelle et la composition des plans. Malgré une angoisse métaphysique permanente (la peur devant la mort), Apart Together délaisse l’aridité hopeless du Mariage de Tuya et le misérabilisme de La Tisseuse pour privilégier un apaisement paradoxal. C’est digne et pudique mais sans envergure.

