[CRITIQUE] ANNETTE de Leos Carax

Sans contrefaçon. Los Angeles, de nos jours. Henry est un comédien de stand-up à l’humour féroce. Ann, une cantatrice de renommée internationale. Ensemble, sous le feu des projecteurs, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie.

C’est adéquat pour une ouverture cannoise qui exige un vernis sophistiqué mais pas trop non plus pour pouvoir ratisser large. Un parfum de Baz Luhrmann mais en réussi, l’Australien étant ici remplacé par le plus ébouriffant des grands discrets du cinoche français: Leos Carax. Depuis ses débuts il y a bientôt 40 ans, le réalisateur a l’habitude d’en faire beaucoup (pas forcément trop, mais beaucoup). Ses films ont quelque chose du geste jusqu’au-boutiste, ravivant l’idée d’un cinéma total qu’on est en droit de peu goûter mais certainement pas celui d’en contester les louables intentions. Piccoli qui marmonne torse-nu dans Mauvais sang (1986), c’est peut-être un peu dépassé, mais ça ne mérite pas la guillotine après tout. Et puis il y a eu le moment Holy Motors (2012), trip fascinant enfin débarrassé des acteurs qui en font beaucoup (et même un peu beaucoup trop cette fois): un chef-d’oeuvre expérimental, reparti bredouille du festoche à cause du cinéma rabouiboui d’Haneke, quoi avait charmé jusqu’aux non-caraxiens. Votre bien-aimable rédaction l’avait élu film de la décennie, souvenez-vous…

On ne peut pas dire que ce Annette, travaillé lui-aussi par la question de la transformation physique et des visages qu’on grime, soit tout à fait du même tonneau (tonneau qu’il était de toute façon bien délicat de viser une seconde fois). C’est qu’il n’y est plus question des marginaux et autres Monsieur merde domiciliant dans les eaux croupies des égouts, mais bien de gloire, de paillettes, et de sommets du mont Olympe que seuls les artistes, dotés du feu sacré de la création, sont en droit de toucher. Aussi consumée que la môme Piaf dans la vraie vie, la soprano de renommée internationale Cotillard ne cesse de mourir sur scène, quand le mystérieux Adam Driver, star du stand-up calciné et sans bornes façon Lenny Bruce, raconte des atrocités à l’audience qui lui rétorque par des rires qu’on croirait enregistrés. C’est dans cette humeur Charlie Kaufman sous acide qu’Annette commence, narrant la longue débandade amoureuse de nos deux héros, romance contrariée par des révélations vinaigrées sauce me-too (à la sauce balance ton quoiiii même).

L’épopée vire au tragique, et tandis que l’un de nos personnages se voit cancelled médiatiquement, l’autre se voit carrément annulé in real life, substitué par une marionnette tout à fait flippante qui convoque à la fois Chucky, Le Petit Prince de Mark Osborne et évidemment Pinocchio, sans doute parce que (hypothèse au doigt mouillé) le vrai thème du film est le mensonge, et son incontestable nécessité pour ne pas perdre la boule. Vous pensez qu’on fait du charabia théorique? Écoutez un peu ce qu’en dit Adam Driver, quand on lui demande s’il jure de dire toute la vérité: «Non. Vous me tueriez si je la vous disais». On pourrait vous parler d’une Marion Cotillard progressivement transformée en héroïne de chez Nakata, ou de l’autre thème du film, à savoir celui du vol dans la création artistique, traçant là un bienvenu cousinage avec le tout aussi baroque Phantom of the Paradise (1974). Mais on serait plus pleinement satisfaits si vous alliez voir la chose en salle. C’est bien la lecture, mais vous pourrez difficilement faire l’économie ici d’une séance en chair et en os (ce qui est encore un fil thématique à dérouler dans Annette). Et ne comptez pas sur nous pour spoiler la (belle) scène finale sur laquelle vous avez déjà lu trop de choses… G.R.

Les articles les plus lus

« Resident Evil 5 »

Tout (ou presque) ce que Resident Evil 6 a...

« Resident Evil Revelations »

Les deux Revelations ne font décidément pas partie du...

« Resident Evil 6 »

Il fut un temps où Capcom, en manque cruelle...

« Resident Evil Revelations 2 »

Quand la saga creusait sa tombe. Après 10 années...

Cannes 2026 : la Semaine de la critique, l’ACID et la Quinzaine des cinéastes s’affichent

Découvrez les affiches pour les sections parallèles du Festival...

Nos films vus en 2026, classés par ordre de préférence sur Letterboxd

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
7 juillet 2021 en salle / 2h 20min / Comédie musicale, Romance, Drame De Leos Carax Par Ron Mael, Russell Mael Avec Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg[CRITIQUE] ANNETTE de Leos Carax
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!