Satan mon amour. Bienvenue en Argentine. Dans son quartier à Santiago del Estero, au nord du pays, le jeune Nino est harcelé et victime d’homophobie répétée, jusqu’à l’agression de trop. Sa famille file vers un petit village au bord d’une forêt hantée par une étrange créature (la Almamula du titre), un monstre aux yeux rouges et à la peau bizarrement brûlée, qui punit et enlève, dit-on, celles et ceux qui ont commis le péché de chair. Nino prépare, lui, sa Confirmation, suivant des cours de catéchisme pour faire plaisir à sa maman très croyante… lorsqu’il apprend, au détour d’une conversation, qu’un enfant a disparu dans les bois. Il est alors attiré par les mystères de la forêt en même temps qu’il est travaillé par tous ses désirs naissants. Car quitte à croire à des inepties, autant croire en une créature mystérieuse…
Tu seras un beau monstre, mon fils. Du désir, du fantastique (voire de l’horreur), de la chair, du sang, de la satire sociale… Tout clignote chaos dans Almamula, beau long métrage aussi sensuel que troublant sorti dans une relative discrétion cet été, mais qui mérite toute votre attention. Alors qu’au départ, on se croit parti pour une énième histoire de coming out contrarié, on a rapidement tort: il n’est tant question de reconnaissance de soi (le jeune Nino ne cache pas son homosexualité) que du poids de la culpabilité. Celle que lui fait porter, sur ses frêles épaules, une société argentine qui, elle, n’assume pas du tout l’homosexualité et ostracisant celles et ceux qui ne sont pas dignes de figurer dans sa norme, les faisant disparaître dans une forêt mystérieuse faisant peur à tout le monde. Sauf à Nino qui, lui, a moins peur de cette forêt que des « autres ». En bref, le problème ne vient de pas lui, engoncé dans un monde intérieur de fantasmes, mais de celles et ceux qui l’entourent, réfrénant toutes leurs pulsions au nom de Dieu alors que dans leurs têtes, c’est une partouze.
Comme la métaphore se révèle très bien filée et que le cinéaste n’a pas peur de laisser le désir poindre en laissant les plans durer, on finit par ressentir, nous aussi, toute la répression que le jeune Nino éprouve, tout ce qui l’étouffe, qui l’oppresse et qui donne envie de rejoindre la forêt des monstres: la rumeur, le joug religieux, l’intolérance ordinaire, les leçons de morale de celles et ceux qui prétendent agir au nom du bien… C’est si finement observé et si maîtrisé (son, image, cadre…) qu’on en oublierait presque s’il s’agit là d’un tout premier film. Un auteur est né, comme on dit? Oui, un auteur est né et on retient son nom: Juan Sebastián Torales. Après, si l’on doit être totalement franc, on ne sait pas vraiment ce qui s’avère le plus étonnant dans son coup d’essai: l’errance de Nino, ses désirs qui cherchent et se cognent, l’atmosphère ouatée, la torpeur hallucinée, l’onirisme sexy, la cruauté des rapports de classe et des rapports familiaux, la capacité à traduire par les bruits de la nature tout ce qui grouille dans les corps… ou bien la simple présence de Bernard de la Villardière – oui, oui, celui de M6 – comme producteur associé via Palermo Production…
![]() 4.0 out of 5.0 stars 7 août 2024 en salle | 1h 34min | Drame, Fantastique De Juan Sebastian Torales | Par Juan Sebastian Torales Avec Nicolás Díaz, Martina Grimaldi, Maria Soldi |




