Une histoire d’amour qui se déroule au milieu des années 60 et des manifestations anti-guerre, de la lutte pour la liberté d’expression et les droits civiques, l’exploration des esprits et le rock’n roll. Le film nous fait voyager des Universités du Massachussetts et de l’Ohio, aux émeutes de Détroit et aux champs de batailles du Vietnam, en passant par les docks de Liverpool.

Cinéaste inclassable et émérite qui aime les zigzags fictionnels et les formes provocatrices qui ne répondent pas aux normes, Julie Taymor donne l’impression de vendre son âme au diable en prenant les commandes d’une histoire d’amour entre Jude et Lucy rythmée par les standards des quatre garçons dans le vent de Liverpool. Et pourtant, même si on est toujours à deux doigts de la niaiserie de karaoké, le résultat séduit l’œil par les talents d’esthète de l’artiste qui impose son grain de folie à travers les envolées lyriques de ses personnages transfigurés par l’amour. C’est d’autant plus amusant que Taymor semble se contrefoutre des aléas sentimentaux de ses personnages pour donner une profondeur secrète à ses images clinquantes en traitant en filigrane des idéaux politiques ; en reflétant le bouillonnement inquiet d’une époque seventies fantasmée, moins peace que love ; en faisant un lien direct entre le combat anti-guerre du Viêt-nam des années 70 et celui, actuel, contre la guerre en Irak.

En revanche, si elle ne prend pas au sérieux les cheminements existentiels de ces caricatures estudiantines, elle respecte les Beatles en ressortant les vieux morceaux oubliés et les très connus. Au détour d’une séquence psychotrope, la cinéaste va même jusqu’à reprendre le graphisme de leur film d’animation culte (The Yellow Submarine). Maintenant, certes, on peut préférer Julie Taymor insolente et fille spirituelle de Peter Greenaway sous ecstasy (remember l’éblouissant Titus). Ce n’est pas une raison suffisante pour ratiboiser les joies revigorantes de sa comédie romantique enchantée à tous les points de vue. Une bulle nostalgique politiquement correcte qui rappelle accessoirement la metteuse en scène théâtrale qu’elle est et dont la morale (all you need is love) appelle le consensus fédérateur. Alors oublions les audaces et chantons avec les personnages.

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