Parlons un peu de Bloodybird, produit par D’Amato et Argento. Ils vous on laissé toutes les libertés ?
Totalement, j’ai pu faire tout ce que je voulais. Je sais que beaucoup de réalisateurs tueraient pour ça mais j’ai vraiment eu beaucoup de chance. Je ne sais plus combien de temps ça a duré, 5 ou 6 semaines je crois.
Et que pensez vous du film maintenant ?
Ce que j’en pense aujourd’hui ? Je ne l’ai pas vu depuis un petit bout de temps mais j’essaierai quand j’aurai un moment. J’en ai vu des bribes en vidéo, mais je n’ai pas pu le voir entièrement depuis très longtemps. J’avais 26 ans quand je l’ai fait et depuis je me suis rendu compte que les dialogues étaient un peu cheap avec le recul. Je ne le qualifierais pas de vieux, mais disons, de daté. L’autre problème c’est que j’ai pu voir certains de mes films doublés en français. Et franchement… ça m’a effrayé.
Ce n’est pas le plus marquant. On est surtout absorbé par l’esthétique.
Oh c’est gentil. Ca me rassure de savoir que le film reste toujours aussi passionnant à regarder. Le problème c’est que je m’inquiétais pour tout et pour rien sur ce film, donc le moindre petit truc qui me gênait me mettait dans un stress énorme.
Après cela vous avez réalisé Sanctuaire, votre premier film produit par Argento
C’est affreux, cela fait aussi longtemps que je ne l’ai pas vu. Je me rends compte que je n’ai pas grand-chose à dire sur mes anciens films.
C’est par choix que vous ne regardez plus les films que vous avez fait ?
Non mais je suis tellement débordé… Parfois je ne trouve même pas le temps de regarder les rushes des films que je suis en train de tourner alors tu penses que c’est très dur de revoir ceux qui sont terminés. L’autre truc c’est que lorsque l’on passe des journées à regarder des rushes dans le noir, l’œil fixé une journée entière sur un même détail c’est physiquement épuisant et la pire des choses à faire c’est de regarder un film. Je ne serais pas assez concentré, j’aurais peut-être mal au crâne et la seule chose que je souhaiterais serait de me relaxer. Donc je me relaxe. Ou alors il faudrait presque que je décroche et que j’aille voir un film en salle, prendre la voiture, trouver une place, acheter le ticket, etc. Et en salles je ne vais pas voir mes anciens films (rires.) Et puis il est rare que l’on entre dans la magie d’un film lorsque l’on passe ses journées à en concevoir un autre de son côté.
Sans doute parce que le métier n’a plus aucun secret pour vous.
Pas nécessairement. Parfois il arrive qu’un film me scotche littéralement. Il n’y a pas de vraie recette miracle.
Vous aimez travailler très vite ?
J’adore. On est tellement dans l’excitation que les idées viennent parfois là où on ne les aurait pas eu sur un tournage trop tranquille, où on ne ferait que répéter ce qui est écrit. C’est plus stimulant.
Certains réalisateurs prétendent que diriger un film c’est un peu comme être un général sur un champ de bataille. Vous êtes de cet avis ?
Oui, avec la solitude d’un général parce qu’une équipe ne comprend pas toujours pourquoi vous faites ceci ou celà. Tout ces gens n’imaginent pas ce que vous imaginez et ça devient une bataille permanente pour la cohérence. Le pire c’est que parfois les gens font semblant de vous comprendre, certains vous suivent à 100%, d’autres pas du tout et vous passez vos journées à hurlez des ordres sur les moins disciplinés. Et ça change tout le temps, des nouvelles scènes, de nouveaux personnages, de nouvelles aventures, de nouveaux dialogues ! On lutte contre les gens, les éléments, les évènements et parfois contre soi-meme parce qu’il faut souvent reconnaître ses propres torts. Je me suis découvert un syndrome bizzare : Je n’arrête pas de manger mais je ne grossis pas parce que je brûle toutes les calories.
On peut considérer que vos films sont inspirés par le chaos ?
Absolument. J’ai découvert récemment que travailler pour la télévision est plus rapide et bien plus facile. Je prends un vrai plaisir là dedans parce que j’ai une équipe fantastique de gens qui aiment faire des films. On se fiche un peu de savoir que ce soit pour la télé ou non, mais nous préparons tout cela comme un film normal. Mais ça reste vachement stimulant parce que c’est très rapide, nous n’avons pas les responsabilités d’un film traditionnel parce que pour la télé tout est réglé en deux soirées. Cela m’offre une popularité importante en Italie, bien plus importante que lorsque je faisais des films dhorreur. Comme vous disiez, je suis plus à l’aise dans le chaos, j’y donne le meilleur de moi-meme. Parfois je donne trois informations erronées à trois techniciens différents volontairement pour semer le trouble, et étrangement j’arrive plus facilement à gérer ma scène. Je m’ennuie lorsque tout est trop ordonné.



