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LES LINCEULS de David Cronenberg (compétition)
Karsh, 50 ans et toutes ses dents – faut dire qu’il est joué par Vincent Cassel – est un homme d’affaires renommé. Inconsolable depuis le décès de son épouse, il invente un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de se connecter à leurs chers disparus dans leurs linceuls. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh se met en quête des coupables.
Dans le prolongement de ses dernières toiles de maître SBSiennes, le dernier film de David Cronenberg semble un tout petit peu relever la tête, s’autorisant quelques percées humoristiques là où le papal Crimes of the Future nous était apparu comme un authentique naveton d’auteur qui réussissait – exploit – à rendre Kristen Stewart mauvaise. Ce nouvel opus fait une nouvelle fois la gueule, nous sommes encore une fois dans un vase clos saumâtre où le monde alentour n’a proprement aucune existence, mais on se dit que David a cette fois un peu compris quelque chose à sa filmo récente, et que le grand remplacement de ses acteurs par des avatars numériques – ici une assistante personnelle du Cassel qui lui met des misères – ne peut que bien prendre dans son cinéma grisou et fatigué, en dépit ou plutôt en raison de son rond de serviette cannois. Le film est assez consternant dans son intrigue labyrinthique totalement anémiée (les « rebondissements » ici présents ne peuvent qu’arracher un petit mouvement à la paupière du spectateur, mais certainement pas le réveiller) mais on se dit quand même qu’au vu de notre état à la lisière du songe permanent, le film est un peu moins désagréable qu’à l’accoutumée et qu’il a su trouver un mode opératoire pour parfois nous parler. Oui, on ramasse ce qu’on peut ramasser… G.R.
| 25 septembre 2024 en salle | 1h 56min | Thriller De David Cronenberg | Par David Cronenberg Avec Vincent Cassel, Diane Kruger, Guy Pearce Titre original The Shrouds |
> Pour la séquence mimi du festival, il fallait se rendre à la Quinzaine des cinéastes pour la séance de Anzu, chat-fantôme de Yoko Kuno et Nobuhiro Yamashita. Durant la projection de l’après-midi ce ne sont pas moins de 200 écoliers surexcités qui étaient invités à se mêler aux grincheux festivaliers. La palme d’or du réalisateur le plus choupi revient d’ores et déjà à Nobuhiro Yamashita très ému avec sa co-réalisatrice Yoko Kuno de présenter le film pour la première fois à des enfants. Pour le film c’est une autre histoire. L’animation paraît à la fois très enfantine et adulte, pareil pour le scénario qui débute comme un conte bucolique pour arriver littéralement dans les chiottes des enfers. Les kids si enthousiastes paraissaient bien plus timides à la fin de la projection et inversement pour les adultes. On soutient cependant ce genre de proposition faussement simple où l’enfance côtoie les pires travers des adultes et où monstres et dieux se jouent du destin des humains. Mais n’est définitivement pas Ghibli qui veut. G.C.
> On a vu Maria de Jessica Palud à Cannes Premiere. Et adage presque toujours vérifié: quand un biopic s’ouvre sur la voix d’Yvan Attal, il y a de grandes chances que le film sente un peu le pâté d’Auvergne derrière. Non content de jouer Raoul Lévy dans la série France TV pas jojo consacrée à Bardot, le distingué acteur-cinéaste se glisse ici dans la peau de Daniel Gélin, père à moitié caché de Maria Schneider, dont on apprit sur le tard que c’était lui qui donna à sa fille naturelle le goût précoce des tournages. Une réplique au restaurant entre les deux protagonistes donne le ton du film: propulsée dans le grand bain de la célébrité par Le dernier Tango à Paris (1972), c’est Maria Schneider qui apprend à son père que la presse people écrit des insanités sur elle… Et on se demande bien comment le dit père, aussi dilettante soit-il, pourrait ne pas être au courant d’une réputation tellement skandal! dont tout Paris est évidemment déjà informé! Ce genre de dialogue purement fonctionnel (qu’on rencontre évidemment souvent dans le format téléfilm) nimbe souvent le film, qui n’existe presque que par et pour ses intentions: réhabiliter la figure d’une pionnière du féminisme, violentée sur un tournage alors qu’elle était mineure (soit, moins de 21 ans à l’époque) et qui formula très tôt la critique des « rôles écrits par des hommes et pour des hommes ». C’est tout à fait louable pour un documentaire ou pour un prime du mardi sur France 3, mais ça clignote beaucoup trop ici pour un film de cinéma qu’on attendait pas mal.
Maria semble même pousser le curseur un peu plus loin quand il trouve nécessaire de rajouter des morceaux absents du bouquin (intéressant) de Vanessa Schneider: la jeune Maria s’en va donc démarcher une agence pour lancer sa carrière; ce qui fait quelque peu rentrer le personnage dans les clous. Mais le passé « oiseau de nuit » de Schneider qui est lui bien antérieur chronologiquement au tournage du Dernier Tango – se retrouve absenté par le scénario… Scénario qui linéarise ainsi beaucoup un parcours pourtant passionnant. Exit aussi l’idée que Bernardo a goujatement suggéré à l’actrice de réduire sa poitrine (opulente) pour le film… Même l’unique prise de la scène à la motte de beurre se voit étrangement reconstituée, puisque les techniciens n’étaient pas derrière les deux comédiens, mais face à eux (allez faire un tour sur Xvideos si vous souhaitez rafraîchir votre mémoire). Tentant de rassurer la jeune Maria Schneider quant au tournage à venir, Marlon « Matt Dillon » Brando s’enquiert d’un audacieux « Le film sera bien grâce à nous ». Comprendre: les deux acteurs du film. Malgré une Anamaria Vartolomei comme souvent à son aise dans un rôle taillé pour elle, voilà un aveu à peine dissimulé des intentions du film, qu’on croirait non pas échappé des rutilantes seventies mais des plus sages fifties; finalement, le biopic sur l’explosion de Bardot n’était vraiment pas loin… GAUTIER ROOS



