« Born to raise hell », « Cruising », « Un Ano sin Amor »… Les classiques du cinéma BDSM

Du cliché cuir/moustache en passant par les backrooms ou les jeux de soumission, la sexualité qui pique a souvent eu une place très particulière dans la représentation gay au cinéma. De l’intime au sensationnaliste, du porno au cinéma d’auteur, d’Hollywood au Japon, de réalisateurs concernés aux cinéastes hétéros hommes ou femmes, voici une poignée de regards sur le gay BDSM qui sauront vous faire du mal là où ça fait du bien…

Born to raise hell (Roger Earl, 1975)
Si le porno hétéro a été peuplé dans les années 70 de roughies où la torture et l’humiliation étaient monnaie courante (Shaun Costello étant d’ailleurs son plus grand représentant), le porno gay s’est avéré moins bruyant sur le sujet. Si des films comme LA play itself, New City Inferno ou Falconhead plongeait déjà tête la première dans l’imagerie BDSM, ce n’est probablement rien comparé à Born to Raise Hell, enfilade de rituels sadomaso extrêmes sans trame, sans rires et sans joies. Passage à tabac, rasage, fist, bondage extrême… Un des rares titres prenant l’univers BDSM sans gants et sans capotes, dans toute sa brutalité nue et aride. Avec comme cette impression de voir une version non censurée de Scorpio Rising

Cruising (William Friedkin, 1980)
Le voilà, le voili, le velu. Si Cruising ne parle pas à proprement parler de contrat BDSM, il est le premier film de studio à s’infiltrer dans le milieu cuir, nourri aux grains par ses légendes et ses scandales, de sa fabrication à son tournage, de ses coupes ) sa place indésirable : trop noir pour les gays, trop gay pour le reste du monde. À l’époque, beaucoup de militants LGBT ne se sont pas retrouvés dans ce semi-giallo de cuir et de chaînes, accusant Friedkin de malveillance, et ont condamné le film avant même qu’il ne soit terminé. Aujourd’hui, l’eau a coulé sous les ponts : même si l’ambiguïté de son final laisse flotter les points d’interrogation (on sait bien que la contamination du mal est la grande marotte de Willy), Cruising est autant vu et revu pour ses qualités quasi-documentaires, capturant un New York homo avant la vague meurtrière du SIDA, que pour sa trop rare proposition de thriller maxi gay – même si l’opte pour le point de vue d’un hétéro – qui donne chaud partout où il passe. Aujourd’hui, seuls Hard, L’inconnu du lac ou Un couteau dans le cœur peuvent prétendre lui avoir brillamment succédé sur ce terrain.

Noir & Blanc (Claire Devers, 1985)
Le cinéma français aime décidément les relations masculines toxiques et ambiguës, qu’elles soient homo ou juste homophiles, comme en témoigne L’homme blessé, Trois Huit, Nettoyage à Sec, Une affaire de goût, L’ennemi naturel… Ce Noir et Blanc, quasi perdu pendant de longues années, fonce tête baissée dans le traitement du sado-masochisme tout en se dépouillant au maximum de son imagerie cuir/panpan cucul. Dans un noir et blanc cafardeux (c’est dans le titre), un cadre maigrichon se laisse maltraiter par un masseur noir imposant. Et il en redemande. D’une pudeur totale quant au traitement du masochisme, le résultat n’en est plus que glaçant dans sa suggestion, avec son héros abaissant ses limites au fil du récit, jusqu’au point de non-retour. Dans la même veine frenchie, ayons également une petite pensée pour l’oublié Halteroflic, son pendant comique et camp avec un p’tit flic malmené avec amour par un bodybuildeur viril.

Muscle (Hisayasu Sato, 1989)
Il y avait quelque chose de profondément subversif à tirer le pinku-eiga, genre visant frontalement un public hétéro et masculin, vers sa part homosexuelle. Et Sato, s’il n’est pas le seul à avoir tenté l’expérience (citons l’existence de la saga des Rope & Boys) est peut-être celui qui s’en est le mieux tiré avec une poignée de titres bien torturés. On aurait pu d’ailleurs tirer n’importe lequel de ces métrages (Temptation of the mask, Bondage Ecstasy…) de notre chapeau pointu, mais jetons notre dévolu sur Muscle, peut-être le plus abouti et le plus « connu ». Pasolini, Genet, Mishima : dans un Tokyo gris, le cinéaste japonais rassemble les motifs des grands noms de la littérature gay sous le même toit pour une histoire d’obsession qui tourne, sans surprises, très mal. Des corps jouissants, lacérés, un bras coupé baignant dans le formol comme un totem d’amour interdit, un ballet beau-bizarre dans un théâtre sinistre… Fidèle serviteur d’Eros et de Thanatos, Sato ne se fait pas prier.

Un Ano sin Amor (Anahi Berneri, 2005)
L’adaptation d’une autofiction de Pablo Perez, ce premier long méconnu a tout, vu de l’extérieur, de l’odyssée gay doloriste comme il était souvent coutume dans les années 90/2000 (In Extremis, Les nuits fauves et autres F est un salaud). Son personnage principal, poète déchu et prof de français à temps partiel, alterne visites médicales pour ne pas laisser le VIH l’emporter, et déambulation dans les backrooms sado-maso de Buenos Aires. L’âpreté quasi-documentaire colle très bien à ces va-et-vient, presque banals, entre hôpitaux et lupanars. Et le tout dénué du sensationnalisme attendu.

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