[BILAN 2024] Les séries chaos à rattraper pour survivre à Noël

It’s tiiiiiiiime. La magie de Noël s’apprête à déferler sur le pays avec son lot de repas de famille interminables, de débats tortueux avec l’oncle de droite, de cadeaux de merde, de petits cousins hyperactifs, de picole, et de querelles ravivées en pleine découpe de la buche. Si vous êtes de ceux qui angoissent à mesure que les fêtes de fin d’année approchent, voici notre sélection de séries immanquables à base de concepts chaotiques et de personnages dérangés au point de vous faire relativiser sur les membres de votre famille.


Ceux qui rougissent de Julien Gaspar-Oliveri, Maud Konan et Johan Rouveyre (Arte)
Une dizaine de lycéens en option théâtre trainent des pieds en allant à leurs cours, se jugent les uns les autres et n’ont pas super envie de se taper l’affiche devant leurs petits camarades de classe. Un jour, un professeur remplaçant (Julien Gaspar-Oliveri, qui joue et co-réalise) débarque et leur annonce rester pour un mois. Alors que ses élèves déclament Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare sans hybris, l’enseignant coupe court à la répétition. Les rôles changent, les masques tombent. Et à chacun de se révéler à son contact. Rien d’extraordinaire ou de chaos, en apparence, dans cette mini-série. Mais dans ces cours de théâtre dans un gymnase empestant l’ennui, il est bien question de mettre de la vie, de rallumer des sentiments endormis ou de révéler les plus difficiles à avouer. Le doux chaos d’une affirmation de soi, en trouvant l’art et la manière. Peinture de l’adolescence en groupe, comme un corps mouvant. C’est irritant, puis touchant, puis drôle, puis beau, passant en seulement 8 épisodes de 10 minutes par tous les états ado (peur de s’exprimer en public, rire à des trucs pas drôles pour avoir l’air cool, pas savoir quoi faire de sa vie…) par lesquels nous sommes toutes et tous déjà passés… RLV


Entretien avec un vampire (saison 2) de Rolin Jones (Paramount +)
Adapter les chroniques de Anne Rice à la télévision semblaient être une évidence depuis longtemps. Et bien que certains choix pouvaient grincer les canines (adieu la flamboyance gothique et bonjour le décalage temporel) d’autres finissaient par emporter l’adhésion: l’apport de l’humour noir (bien que bizarrement casté, l’acteur de Lestat déploie une performance camp qu’on ne voyait pas venir) et d’une dimension raciale et (homo)sexuelle relevaient très fortement la sauce. Cette seconde saison, bien plus ambitieuse (on crapahute dans la France de la seconde guerre mondiale) s’organise dans les loges du théâtre des vampires, où il vaut mieux ne faire confiance à personne, même entre créatures de la nuit. On pourrait bien entendu chipoter encore (Assad Zaman, peu charismatique sous la cape de Armand) mais ce que laissait germer la première partie continue de fleurir ardemment: les allers-retours temporels sèment le trouble dans les points de vue, faisant douter en permanence de ce qui relève de la réalité ou pas, et jusqu’à quel point les personnages se donnent le beau rôle dans une histoire racontée à la première personne. Et on admire l’épatant Ben Foster, flamboyant antagoniste à la présence écrasante. J.M.


Les Frères Sun de Byron Wu et Brad Falchuk (Netflix)
Disclaimer à ceux qui seraient tentés de se lancer dans Les Frères Sun: Netflix n’a pas renouvelé la série, qui s’achève tristement au bout d’une unique et fantastique saison. C’est bien dommage, puisque rares sont les créations Netflix avec autant de souffle. On y suit une famille comme on en fait peu: les Sun sont divisés en deux, avec d’un côté la mère et le fils cadet Bruce qui vivent paisiblement en Californie, de l’autre le père et le fils ainé à la tête de la plus grande organisation criminelle de Taipei. Jusque là bien compartimentés, leurs mondes se heurtent et laissent place à la zizanie. Tout l’attrait des Frères Sun repose sur l’inadéquation de son personnage principal, Bruce, à intégrer le milieu de la mafia. Un héros hyper gauche, naïf, qui enchaine les bourdes mais parvient on ne sait comment à sortir indemne des situations les plus dangereuses. Le tout surmonté d’une dynamique fraternelle tellement peu naturelle que ça en devient comique. L.C.


Ripley de Steve Zaillian (Netflix)
Ecrite et réalisée par Steve Zaillian, Ripley est probablement la plus fascinante adaptation du roman de Patricia Highsmith, le format de la série se prêtant à merveille au rythme lent et méticuleux qui sied à l’atmosphère malsaine entourant les agissements du personnage titre, un escroc minable qui se lance dans une carrière criminelle avec un certain succès grâce à une chance invraisemblable et un talent certain pour le mensonge et l’usurpation d’identité. Payé par un riche américain pour aller chercher son fils Dickie en Italie et le ramener aux Etats-Unis, Ripley s’incruste, et va jusqu’à développer par mimétisme un goût pour l’art classique italien. Et on peut comprendre son attrait pour le style de vie de ses victimes qui ont choisi de résider dans un cadre rendu paradisiaque par la stupéfiante photo en noir et blanc de Robert Elswit dont chaque plan donne envie de s’y attarder. G.D.


Rivals d’Elliot Hegarty (Disney+)
Desperate Housewives rencontre The Morning Show, mais dans la cambrousse anglaise des eighties. Loin des culs-terreux, Rivals s’aventure dans le milieu huppé du comté de Rutshire, où trois personnalités de la télévision se font la guerre à coup de contrats et de manigances. Un combat de coq où les egos de chacun s’entrechoquent, porté par un David Tenant démentiel en PDG assoiffé de pouvoir dirigeant la chaîne indépendante Corinium, Aidan Turner en journaliste irlandais impétueux, et Alex Hassell en ministre des sports coureur de jupons. Et autour de ce trio explosif de rivalité et de charisme se déploie un univers de débauche écrit avec précision: aucun personnage n’est là par hasard, puisque mêmes les rôles les plus insignifiants sont pensés dans leur globalité. Petite surprise de cette fin année, Rivals se veut finalement bien moins examen des débuts de la télévision que véritable tragi-comédie shakespearienne sous Viagra, parfois sexy, parfois carrément libidineuse. Du glamour à toute épreuve, même dans ses situations les plus grotesques. Quel pied! L.C.


Sambre de Jean-Xavier de Lestrade, Alice Géraud et Marc Herpoux (France TV)
« Qu’est-ce qu’il a fait de moi? Qu’est-ce que ce gros porc a fait de moi? », se demande Christine (Alix Poisson) en larmes, lors de l’épisode 5, revenant là où, 20 ans plus tôt, elle s’est retrouvée, à l’aube, sur un chemin à l’écart de la route, le pull relevé au-dessus de la poitrine, le cou portant des marques rouges. Sambre, c’est un récit choral, fragmenté en points de vue de plusieurs personnages, de la victime (premier épisode) au violeur (dernier épisode), retraçant sur une période de 30 ans une affaire judiciaire sur une série de viols et d’agressions sexuelles dans le nord de la France. Alors que l’enquête sombre dans les limbes et que les évidences sautent aux yeux (ce portrait-robot!), les victimes, elles, se confrontent à des murs et, faute d’écoute, font disjoncter leur mémoire, verrouillent leur souvenir traumatique dans une boîte noire de leur cerveau, avec le sentiment d’avoir commis une faute aussi. Cette série, superbement mise en scène et interprétée, raconte la (très, très, très, trèèèèèès) lente prise de conscience de toute une société plongée dans le déni. RLV


Samuel d’Emilie Tronche (Arte)
Faussement minimaliste avec son format mini (21 épisodes d’à peu près trois minutes) et son dessin brusqué et sans sophistication, la série d’Émilie Tronche épouse quant à elle le point de vue d’un gosse de dix ans se lançant dans l’écriture d’un journal qui va couvrir son année de CM2 et son entrée en collège. Point de départ: Samuel tombe amoureux de la grande Julie et couche ses sentiments sur papier… Ce qui surprend très vite, c’est que malgré la nudité radicale du dessin, rien ne tombe dans le statisme gaguesque ou fainéant: une partie d’Épervier se change en moment épique, tout un épisode décrit un cauchemar absurde comme une épopée bizarroïde et romantique, et même un après-midi entre potes se change en clip. En un instant, l’action se déploie, la magie opère. Pas si générationnel que ça à l’exception de quelques mignardises bien ciblées (les discussions sur MSN et les feuilles Diddle!), Samuel s’intéresse surtout à ce qui se passe dans la cour de récré, et tous les cœurs qui battent à en son sein, écartant les rituels familiaux de circonstance. L’entre-deux que constitue la pré-adolescence, ce petit pont avant la tempête, est contemplé dans tout son savant mélange de pureté et parfois de cruauté. Autour de passages inévitables (les fêtes de village, les vacances à la mer, la conscience de la mort, le premier baiser…), Samuel multiplie, et ce, malgré son temps limité, les moments suspendus avec une grâce majestueuse, fait naître une tension de rien, émeut profondément entre deux idioties de mômes. J.M.


Sugar de Mark Protosevich (Apple TV+)
Avec fidélité et audace, Sugar transpose à notre époque l’univers très particulier connu sous l’appellation L.A. noir, dont l’archétype est synthétisé dans les romans de Raymond Chandler et leurs adaptations au cinéma. Délibérément post moderne, le détective joué par Colin Farrell est lui-même un fan du genre, qu’il cite à chaque fois qu’il en a l’occasion. Engagé pour enquêter sur la disparition de l’héritière d’une dynastie de producteurs hollywoodiens, il rencontre une multitude de personnages ambigus qui l’avertissent sans arrêt qu’il est en terrain dangereux. La touche de surstylisation, ainsi que la perfection imbattable de Colin Farrell devraient mettre la puce à l’oreille, ce qui n’empêche pas de tomber des nues lorsqu’une révélation surprise oblige à réévaluer tout ce qu’on a vu jusqu’à présent et propulse la série dans un registre totalement différent. Le plus beau, c’est que le mélange fonctionne très bien. G.D.


The Curse de Nathan Fielder et Benny Safdie (Paramount +)
Sortie en 2023, terminé en 2024, The Curse a offert son lot de moments chaos, entre un dernier épisode qui va rester dans les annales, une alchimie étrange et jubilatoire entre Emma Stone et Nathan Fielder, puis un flux entre fiction et divertissement à rendre fou. Avec ses longues focales et quelques séquences sibyllines (cf. l’ouverture de l’épisode 4), la série a su se créer sa propre identité et s’affirmer comme un objet envoûtant et émouvant, où la gêne peut rencontrer le drame et la comédie en un seul plan. Auteur de séries explorant ses propres rouages et limites (Nathan for you et The Rehearsal), Nathan Fielder dissèque davantage les frontières qui sépare un·e spectateur·rice du contenu qu’on lui offre: ce sont en même temps la fabrication et les failles du show qui sont les témoins d’une époque et de sa mentalité. Ici, l’écologie semble être pris en otage – la série est aussi un vaste exposé du green washing – par des consommateurs dont la place n’est pas forcément face à l’écran, mais bien dans l’écran. Témoins de cette grande supercherie épris du cringe le plus pur, notre regard dévie constamment entre l’histoire qui nous est conté, les décalages de la mise en scènes et quelques croyances et déclarations parsemées ici ou là. Q.B.-G.


The Gentlemen de Guy Ritchie (Netflix)
2019 n’est pas seulement l’année du douteux Aladdin, c’est aussi celle du dernier véritable succès de Guy Ritchie. Des personnages complexes, une narration frénétique, un sens du style exacerbé, des acteurs à leur prime: The Gentlemen cochait toutes les cases (condamnant au passage tous les films du cinéaste qui ont suivi). Donc lorsque s’est présentée l’occasion de transvaser cet univers posh dans une série Netflix, Ritchie a repris tous les codes qui ont fait le succès de son film original – le titre, l’ambiance, et le trafic de cannabis – pour créer un objet inédit et totalement indépendant. Cadet de la famille, Eddie Horniman hérite à la surprise générale de la propriété de son père et se retrouve à gérer les conneries de son frère cocaïné, tout en découvrant que le domaine joue un rôle clef dans l’empire d’un trafiquant. Le résultat est un pur régal, principalement car The Gentlemen profite de tous les avantages dramaturgiques qu’offre le format sériel, avec chaque épisode abritant une side quest qui vient compléter la narration plus globale. Mention spéciale à l’épisode 1 qui détient l’une des scènes les plus ravagées de l’année, avec une nervosité qui monte en puissance grâce à la performance hallucinante d’un Daniel Ings déguisé en poulet. L.C.


The Regime de Will Tracy (Max)
Peut-être la série la plus politiquement incorrecte de cette sélection, puisque ouvertement satirique de nos dirigeants contemporains cupides et égocentrés adorés. Dans un état fictif d’Europe Centrale, Kate Winslet se métamorphose en une chancelière hypocondriaque bourrée de TOC qui succombe autant à la tyrannie qu’au culte de la personnalité à mesure qu’un soldat lunatique campé par Matthias Schoenaerts devient son conseiller le plus fidèle. Si The Regime fait trembler d’effroi tant la série pullule de références aux récents évènements politiques, le réel spectacle reste indéniablement celui que nous offre l’actrice, quasi méconnaissable. De par sa bouche de traviole qui déforme sa physionomie que par ses mimiques ultra dérangeantes, Kate Winslet surprend tant elle porte sur ses épaules le malaise ambiant caractéristique de la série. L’avènement d’une dictature n’aura jamais été aussi fun (avec en cerise sur le gâteau un caméo d’Hugh Grant). L.C.


Wise Guy: David Chase and the Sopranos d’Alex Gibney (Max)
Plongée de deux épisodes dans les tréfonds mentaux du créateur de l’une des séries les plus cultes des années 2000: David Chase avec Les Soprano. Une confession sous le même mode que lorsque Tony allait rendre visite à Dr. Melfi, telle une confession face caméra à tout ce qui a secoué et érigé la série au rang de phénomène culturelle – la fin tant et tant commentée, la relation avec James Gandolfini, la violence de certaines séquences, des épisodes cultes. Une mini-série spécialement fait pour les fans, et pour les adeptes du franc-parler bien connu de Chase. Au cœur de certaines phrases bien senties, une en particulier retient bien l’attention: «You know, it’s the Mafia». Quand Tony Soprano disait: «There is no Mafia!», dans l’épisode 5 de la saison 1. Qui croire? Ok: il n’y a plus qu’à redécouvrir le monstre. Q.B.-G.

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

« Crystal Lake » : la franchise horrifique « Vendredi 13 » déclinée en série

Les studios A24 et la plateforme Peacock ont dévoilé...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!