Adieu Jean-Paul Belmondo (1933-2021): hommage chaos

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Le grand Jean-Paul Belmondo, monstre sacré du cinéma français, est décédé lundi à son domicile à Paris à l’âge de 88 ans. Celui qu’on surnommait Bébel a tourné dans 80 films et laisse derrière lui des rôles inoubliables: jeune premier dans A bout de souffle ou encore pendu à un hélicoptère au-dessus de Venise dans Le guignolo. La rédaction chaos lui rend hommage.

GILLES BOTINEAU
Une image à retenir:
Le Magnifique de Philippe de Broca. Comment ne pas aimer le cinéma après avoir vu un tel film? Tout y est parfait, de l’écriture jusqu’à son interprétation, en passant par la mise en scène, les cascades et même la musique. Une œuvre phare qui, au-delà de divertir, continue d’inspirer.
Un film chaos à (re)découvrir: L’Animal de Claude Zidi (1977).
En dépit de son budget pharaonique et d’un joli succès en salles, L’Animal de Claude Zidi marquera assez peu l’histoire de la comédie à la française. Rarement diffusé à la télévision, et encore moins cité en référence, le film apparaît pourtant comme un agréable divertissement, porté par le savoir-faire de son metteur en scène, quelques bons dialogues de Michel Audiard, et un casting remarquable : outre Belmondo, on y croise Julien Guiomar, Aldo Maccione, Henri Génès, Raymond Gérôme, Mario David, Josiane Balasko… et même Johnny Hallyday.

GUILLAUME CAMMARATA
Une image à retenir: Comme beaucoup d’anciens (et nouveaux) étudiants en cinéma, j’ai découvert Jean Paul Belmondo avec les films de Jean Luc Godard. La scène finale de Pierrot le fou est à l’image de l’homme et de l’acteur: belle, drôle, triste et d’apparence faussement absurde.
Un film chaos à (re)découvrir: Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1975)
Un des rares films à la teneur réellement horrifique où Jean Paul campe un commissaire aux trousses d’un tueur dégueulasse et détraqué. Un neo-giallo tordu où l’acteur démontre aussi son talent de cascadeur.

GERARD DELORME
Une image à retenir: Soyons francs, Belmondo est arrivé tardivement dans mon parcours cinéphile, simplement parce qu’il était tellement omniprésent et inévitable qu’il avait pour effet de m’orienter par réflexe dans des directions opposées. Pourtant, et malgré son image de comique/acrobate qui préfigure Jackie Chan, sa capacité d’adaptation faisait qu’il était bon chez tout le monde. En particulier chez Melville, qui ne pouvait pas trouver mieux pour incarner Silien dans Le doulos, un film noir 100% français et crédible. Et le génie de Belmondo est d’avoir donné à Melville exactement ce qu’il cherchait, quelqu’un qui pouvait s’approprier la bonne attitude et porter les accessoires (l’imper et le chapeau) sans avoir l’air d’un imitateur.
Un film chaos à (re)découvrir: Casino royale de Val Guest et John Huston (1967)
Pas vraiment méconnu, mais une aberration à tous les points de vue. Bebel joue un légionnaire avec des rouflaquettes et une moustache.

ROMAIN LE VERN
Une image à retenir: Deux images, plutôt. D’un côté, Le guignolo, comédie d’action réalisée par Georges Lautner sortie en 1980 où Bébel campe le personnage d’un malfrat séducteur, particulièrement doué pour échapper à tous les pièges qu’on lui tend. La scène la plus célèbre de ce film restera son vol au-dessus de Venise, seulement accroché à une échelle pendue sous un hélicoptère. De l’autre, A bout de souffle de Jean-Luc Godard et, évidemment, son indémodable: “Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… allez vous faire foutre!”
Un film chaos à (re)découvrir: Là aussi, trichons avec non pas un mais deux films: d’un côté, Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1975), qui a filé les jetons à des générations d’enfants et Docteur Popaul (Claude Chabrol, 1972), peut-être le film le plus chaos de Belmondo, très étrange et très inconfortable.

SINA REGNAULT
Une image à retenir: À bout de souffle
de Jean-Luc Godard. Un film vu jeune, mais suffisamment âgé pour avoir eu le temps de m’identifier au héros. Avec cette image, j’ai compris que faire mourir le personnage principal n’était pas interdit. Ça a l’air de rien, mais avec du recul, ça a ouvert la porte d’un autre monde. Dorénavant, mes héros de cinéma pouvaient mourir. Instinctivement, j’ai réalisé que je devais faire le deuil de chaque mort fictive comme une disparition réelle. Exit la simplicité du cinéma américain de mes 8-10 ans, où les morts étaient grandioses, et très souvent honorifiques. Dans À bout de souffle, la mort n’est pas glorieuse, elle est conne. Elle existe au monde – portée par les vivants – et n’est érigée par rien d’autre que la gêne et la boule au ventre. À la fin, Belmondo ferme lui-même ses yeux. Ce qui a ouvert les miens.
Un film chaos à (re)découvrir: Ho! (Robert Enrico, 1968). «Ho!» est le diminutif de François Holin, la part la plus narcissique d’un petit gangster exposé au grand jour. Le nom d’un ancien champion de courses automobile, évadé de prison et maintenant vedette médiatique. Dans le film, il est traversé par l’humiliation que représente le constat d’un échec public. Ho! est aussi l’occasion pour Belmondo de montrer qu’il n’est pas seulement un «voyou au grand cœur», présenté au cinéma comme tel, mais qu’il peut aussi jouer un type normal. L’archétype de n’importe qui, qui une fois maltraité par la vie, peut se transformer en homme violent. On sait que les traumatismes engendrent souvent des épines, et pour Holin, ces dernières les poussent, pied au plancher, vers l’abîme.

GAUTIER ROOS
Une image à retenir:
Belmondo allongé le dos au mur dans Pierrot le Fou et Anna Karina qui lui ôte la clope au bec pour pouvoir lui déposer un baiser (au moment où elle chante Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours). D’abord parce que cette scène dingue a été LE TRUC que j’ai retenu lorsque je me suis frotté (d’abord difficilement) au cinéma de Godard. Ensuite parce ce film est devenu, qu’on y adhère ou non, une sorte d’emblème d’un cinéma à la fois intello et sensuel et qu’il a probablement ouvert à la voie à ce grand moment fin sixties-début seventies qui obsède toujours autant la cinéphilie aujourd’hui. Ensuite parce que Bébel c’était tout à fait ça: une virilité à qui la passivité sied parfaitement, ce qui a aussi rendu le bonhomme éminemment sympathique.
Un film chaos à (re)découvrir: Léon Morin, prêtre (Jean-Pierre Melville, 1961).
Quand on égrène les grands films de la carrière de notre mythe national, on pense d’abord au cinéma de genre (du trench alourdi par la pluie au peignoir laissant apparaître une pilosité dispendieuse, l’homme a incarné une certaine idée très classe de la garde-robe au cinéma). Mais on oublie souvent que Bébel a aussi porté le froc monastique dans cette merveille de Melville, assurément le film le plus apaisé du cinéaste au stetson, rêverie miraculée à laquelle je défie quiconque de trouver un défaut. Emmanuelle Riva était alors le minois le plus élégant de l’époque, qui n’était pourtant pas en reste. Un film qui aura converti plus d’un mécréant…

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