« Abou Leila », sensation au Festival de Belfort

Believe the hype autour d’Abou Leila, qu’on voit mal échapper au palmarès de lundi après son passage remarqué au dernier festival de Cannes.

Algérie, 1994. S. et Lotfi, deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux terroriste. La poursuite semble absurde, le Sahara n’ayant pas encore été touché par la vague d’attentats. Mais S., dont la santé mentale est vacillante, est convaincu d’y trouver Abou Leila. Lotfi, lui, n’a qu’une idée en tête: éloigner S. de la capitale. Pourtant, c’est en s’enfonçant dans le désert qu’ils vont se confronter à leur propre violence.

Forget la hype Papicha: le grand film sur la décennie noire algérienne découvert cette année s’appelle Abou Leïla, premier long métrage d’Amin Sidi-Boumédiène qui avait déjà fait sa petite sensation à la dernière Semaine de la critique (comment avons-nous pu rater ça?). Forget aussi tout ce que le synopsis pourrait convoquer de convenu: le film est bien plus proche d’un trip mental à la Apocalypse Now – aspiré par une figure maléfique obsessionnelle qui a beaucoup à voir avec le colonel Kurtz – que d’un énième film-dossier considérant l’histoire comme un protocole. Un genre de récit qui dissémine des incertitudes, des fausses pistes, qui s’ouvre avec du William Blake et se termine avec Ainsi parlait Zarathoustra (en arabe): autant dire que le spectateur n’est pas tenu par la main, et que son vertige épouse souvent celui des deux personnages principaux, réfugiés dans un monde où la violence qu’on cherche à canaliser finit toujours par revenir à la puissance 10.

Bien qu’échafaudé sur un rythme lent, Abou Leila est aussi un road-movie baroque, contaminé par quelques morceaux gore et autres joyeusetés habilement empruntées au cinéma fantastique. Si le film-gratin du dimanche puisant dans tous les genres est devenu presque un cliché du cinéma contemporain, on doit reconnaitre qu’ici la greffe opère particulièrement bien (peut-être devrions-nous parler plutôt de griffe d’ailleurs, celle rugissante du Cat People de Tourneur et Schrader: voyez comme les références sont diverses…). Notamment grâce à un scénario rondement élaboré: le film est en gestation depuis 10 ans maintenant, et mérite bien son buzz louangeur. Sortie française orchestrée par UFO en mars 2020.

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