MORGAN BIZET: The Witness (Playstation Store)
Et si pour changer vous jouiez à un jeu vidéo ce week-end? Ça tombe bien, celui auquel je vous propose de jouer vous prendra au maximum une vingtaine d’heures, et sera en plus gratuit à partir de ce vendredi 26 mars sur le PlayStation Store. Possesseurs d’une PS4 ou d’une PS5, ruez-vous sur The Witness. Ce dernier est une création de Jonathan Blow, petit génie du game design, auteur du fameux Braid en 2008, et qui a mis 7 ans pour créer The Witness. Après avoir investi le platformer à la Mario, Blow s’est inspiré des jeux d’énigme et d’exploitation façon Myst pour designer un jeu unique, cryptique et nébuleux. The Witness vous envoie sur une île que vous pourrez visiter assez rapidement de long en large, sans réelles limites. Le lieux est magnifique, et fait penser à une peinture 3D de Hockney avec son jour éternel et ses couleurs chatoyantes. En apparence disparate (l’île contient un village abandonné, un désert ou encore une jungle), vous vous rendrez compte de l’harmonie qui régit votre prison merveilleuse. Sans aucun didacticiel ni explications, c’est l’expérimentation via le gameplay, l’observation et la curiosité qui vous permettront de venir à bout d’une expérience enchanteresse, libérée des conventions dirigistes du jeu vidéo contemporain.

GUILLAUME CAMMARATA: Coraline (Henry Selick, 2009)
Unanimement salué par la critique à sa sortie, le chef-d’œuvre du studio Laïka adapté de la nouvelle sadique de Neil Gaiman n’a pourtant pas eu le succès escompté lors de sa sortie en salle. La faute à une communication trompeuse, le vendant comme un film pour enfants coloré et rigolo. On ne peut que chaudement recommander ce conte détraqué à base d’enfants morts et d’énucléations cachés sous un vernis sucré et innocent (disponible en DVD/VOD)

GERARD DELORME: The last outlaw (Geoff Murphy, 1993)
Réalisé pour la télé par Geoff Murphy (Utu, Le dernier survivant) et écrit par Eric Red (The hitcher, Near dark) ce western robuste a suffisamment d’arguments pour mériter le détour, même s’il manque du grain de démence qui l’aurait hissé au-dessus de la moyenne. L’intrigue fait des clins d’oeil à La horde sauvage et à Josey Wales hors-la loi pour suivre la retraite d’une bande de pilleurs de banque sudistes incarnés par Dermot Mulroney, Steve Buscemi, Ted Levine et Mickey Rourke pas encore défiguré (à l’exception d’une fausse moustache à la Fu Manchu). Incidemment, Rourke a fait appel à quelques-uns de ses amis hells angels pour jouer les membres du posse à la poursuite des fugitifs (disponible sur OCS)

ROMAIN LE VERN: Nouvel ordre (Michel Franco, 2021)
Rien de mieux à vous recommander cette semaine. En attendant de retourner au cinéma, merci à Michel Franco de nous rappeler que non, regarder un film n’est pas forcément une expérience agréable. Son cauchemar éveillé commence comme une farce (un mariage mondain interrompu par l’arrivée d’invités importuns) avant de négocier un virage pour le moins radical, explorant une dérive totalitaire jusqu’à l’écoeurement. Controversé, y compris chez nous (très pour ou très contre) mais face au politiquement correct, à la pensée unique et aux diktats actuels, voir Nouvel ordre est un mal nécessaire (disponible en ligne sur le site du festival Cinelatina)

JEREMIE MARCHETTI: Uzumaki (Higuchinsky, 2000)
Récupéré par deux éditeurs, l’oeuvre de Junji Ito, l’un des plus célèbres mangaka d’horreur, trouve enfin un second souffle cette année dans l’Hexagone. Parmi les premières rééditions, celle du monumental Spirale, où une petite ville se retrouve dans la tourmente d’une malédiction tournoyante, transformant jusqu’au point de non-retour les corps et les âmes de la plus atroce des manières. À la question “peut-on adapter décemment et prudemment Junji Ito?“, la version live de ce petit chef-d’oeuvre de l’horreur offrit un début de réponse. Ne couvrant qu’un tiers du manga, alors en cours de publication à l’époque, et délaissant même les passages les plus impressionnants ou les plus hardcores, Uzumaki n’en reste pas moins un film attachant, dont le mélange de ruptures de tons, de détails insolites et de trucages étonnants rappellent parfois le savoir-faire d’un Nobuhiko Ōbayashi (disponible en dvd chez Studio Canal)

SINA REGNAULT: De sang froid (Penelope Spheeris, 1985)
Jeunes, beaux, insouciants mais légèrement frappés, Bo Richards et Roy Alson s’amusent à harceler leurs petits camarades à la sortie du lycée. C’est l’été et l’année de terminale s’achève. Sans perceptive d’avenir, ils errent de frustrations en échecs: avec les filles, l’argent, etc. Alors qu’ils se font virer d’une fête d’étudiants à laquelle ils n’étaient pas invités, ils décident de prendre la route et d’aller visiter Los Angeles, situé à quelque heures de route. Si De sang froid suit vaguement la trajectoire des films initiatiques mettant en scène des ados tourmentés, il le fait par un alliage paradoxal et réussi entre des moments d’extrême violence (où personne ne sort indemne) et l’énergie combustible de ses personnages. Interprété par Charlie Sheen et Maxwell Caulfied, le duo fascine par son efficacité: au sadisme de l’un s’ajoute le sentimentalisme de l’autre et la machine continue d’avancer. Un road-movie urbain, nocturne et chronométré (restauration 4K et Blu-ray en France le 19 mai 2021 chez Carlotta)

GAUTIER ROOS: Alice Sweet Alice (Alfred Sole, 1976)
Un incontournable du film d’exploitation seventies qu’on n’arrive pas à étiqueter (proto-slasher? giallo? comédie noire? drame surnaturel façon Don’t look Now?) qui voit une gamine de 12 ans assister à un dépeçage en règle de tout son entourage. Un trip graphique solidement mis en boîte par un ancien chef déco diplômé d’architecture, influencé par Hitchcock et Clouzot. Du Chromosome III (1979) qui n’a pas peur d’un mauvais goût proche d’un John Waters: le chaos ne peut qu’approuver! (disponible somewhere over the rainbow)

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