[A GUN FOR JENNIFER] Todd Morris, 1997

C’est un film fauché qui avait fait sensation à la fin des années 90 et que l’on a un peu oublié aujourd’hui, à tort d’ailleurs. A gun for Jennifer se présente comme une variation du film d’autodéfense au féminin avec des filles stripteaseuses le soir et redresseuses de torts faits aux femmes la nuit venue. Allison (Deborah Twiss, co-scénariste et actrice principale) est une blonde de l’Ohio victime de la violence masculine, ayant assassiné son mari psychopathe et sur le point d’être violée par deux voyous à New York… lorsqu’elle est sauvée in extremis par un groupe de féministes qui, dans un bel élan de sororité, font bouffer leurs couilles aux violeurs. Ne l’appelez plus Allison, appelez-la désormais Jennifer! Parallèlement, une flic et son assistant enquêtent sur cette vague de meurtres et découvrent cette milice de féministes extrémistes qui se livrent à de sévères expéditions punitives.

Le film qui, alléluia, a eu droit à une sortie dans les salles françaises (un miracle tant le cinéma d’exploitation underground était déjà à l’époque confiné à de la diffusion vidéo confidentielle, à planquer tout en haut des étagères de vidéo-club), annonçait un film jumelle: Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, carburant à la même énergie nihiliste et au même refus d’une image aseptisée de la violence. La scénariste-actrice Deborah Twiss qui s’était alors inspirée de son expérience de danseuse de bar et le réalisateur Todd Morris ont pastiché de concert les sempiternels rape and revenge, légions dans les années 70-80, de I spit on your grave, de Meir Zarchi, où une femme violée se vengeait de ses agresseurs à L’Ange de la vengeance/Ms. 45, d’Abel Ferrara (1981) où une femme muette incarnée par Zoe Lund se vengeait de ses violeurs. Mais avec un regard nouveau sur la guerre des sexes, percutant et où le manque de moyens était compensé par un réjouissant humour noir jusque dans le gore grand-guignolesque éclaboussant à l’écran et le carnage final – une messe noire sanglante opposant les féministes flingueuses et des mafiosi amateurs d’orgies macabres. Soit du vrai cinéma underground new-yorkais, ayant alors donné lieu à des avatars tel l’inénarrable Psycho Sisters, de Pete Jacelone, film d’horreur soutenu haut et fort par Jean-Pierre Dionnet dans son Quartier Interdit sur Canal+ à la fin des années 90, dévoilant dès la scène d’ouverture une castration hardcore en gros plan. Bon appétit, bien sûr. Jennifer, présidente!

14 janvier 1998 en salle | 1h 25min | Policier
De Todd Morris | Par Todd Morris, Deborah Twiss
Avec Fatmir Haskaj, Rick Poli, Simon Brooke
Titre original A Gun For Jennifer

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