Blake, artiste replié sur lui-même, fléchit sous le poids de la célébrité, du succès et d’un sentiment d’isolement croissant. Réfugié dans une maison au milieu des bois, il tente d’échapper à sa vie, à son entourage et à ses obligations. Il regarde, écoute, et attend la délivrance.
On le sait, le nouvel opus de Gus Van Sant (encore une fois sous influence de Béla Tarr et friand de trips hypnotiques) constitue le dernier volet d’une trilogie comprenant Elephant (sur la fusillade dans un lycée américain) et Gerry (deux potes qui se perdent dans le désert). Pénible redondance ? Heureusement non. Dans Last days, le cinéaste s’inspire des derniers jours de Kurt Cobain pour narrer ceux de Blake, une rock star à la dérive. Dans le rôle-titre, Michael Pitt, habité, méconnaissable, emprunte les mimiques, les vêtements, la déprime existentielle du dieu du grunge. La prestation est hallucinante et constitue l’une des nombreuses qualités du film.
Seulement, Gus ne serait pas Van Sant s’il ne reprenait pas les codes de deux autres opus (juxtaposition des points de vue, importance de la musique). Tous ses tics de mise en scène continueront d’agacer ceux qui y sont réfractaires et d’impressionner les autres. Sans atteindre le niveau d’Elephant (le sujet était peut-être plus universel et donc touchait plus en profondeur), Last days représente une expérience sensorielle qui, pour peu qu’on accepte de se laisser hypnotiser et qu’on succombe au trip, hante longtemps après la projection et permet d’atteindre le nirvana cinématographique.

