[CRITIQUE] THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL de Thomas Clay

Trois jeunes Anglais sont entraînés dans une spirale de violence et de tentation. Ils ne vont pas tarder à faire se révéler les jalousies secrètes de leur petite ville.

Tout en plans-séquences très inspirés du Michael Haneke de Benny’s video (sans en avoir la puissance tripale), le film sonde le quotidien morose de Robert, individu à la sensibilité extrême qui se sent paumé dans un monde vide de sens comme de parole. A la télévision, on ne fait que parler de la guerre en Irak ; les amis qu’il fréquente par désintérêt sont des loubards qui se shootent à l’alcool et à l’ecstasy ; et il ne communique avec sa maman qu’à travers la musique.
Toute la violence du monde semble reposer sur ses frêles épaules. Elle explosera dans un final particulièrement atroce qui risque de rester célèbre pour avoir créer une belle émeute lors du dernier Festival de Cannes (une spectatrice est tombée dans les pommes et un homme, mécontent, a demandé à ce que le film soit simplement interdit). On peut discuter la pertinence de montrer le protagoniste se masturber en lisant Sade comme la violence extrême de l’épilogue, socialement démonstratif, ouvertement provocant.

Les personnages sont taillés dans le marbre manichéen et toutes les situations semblent avoir été passées sous le rouleau compresseur du maître Kubrick. Trois individus qui pénètrent dans une maison esseulée pour piller, commettre un viol collectif et prendre une gorgée de lait est un clin d’œil maladroit aux héros d’Orange mécanique mais The great ecstasy of Robert Carmicael tend à montrer du doigt cette violence et dénoncer les disparités sociales. Sauf que le propos est asséné avec tant de prétention que le cinéaste pourrait ne pas supporter la dimension triviale de son objet qui évoque une alchimie entre les deux Elephant, époque Alan Clarke comme Gus Van Sant. L’expérience est si inconfortable et choquante qu’elle peut aisément susciter la haine, mais on conserve de ce voyage au bout de la nuit, sciemment haïssable, des images cauchemardesques qui agressent notre bonne conscience de tous les jours. Impossible d’aimer mais impossible d’oublier.

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