[CRITIQUE] LE PENSIONNAT de Songyos Sugmakanan

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai quitté la maison… J’avais douze ans et j’étais en classe de cinquième. En plein milieu du semestre, mes parents m’ont transféré dans une nouvelle école. C’est mon père qui cherchait à m’éloigner de la maison, et de lui plus exactement. Cela peut vous sembler curieux, mais moi, cela ne me surprend pas, car je suis le seul à connaître son secret… Etre transféré en plein milieu du semestre, c’est quelque chose de vraiment cruel. Je dois m’habituer à de nouveaux élèves, de nouveaux cours et à un nouveau dortoir dans lequel je ne me sens pas à l’aise. Le pire, c’est le nouveau lit dans lequel je dors. Qui sait combien de personnes y ont dormi avant moi ? Une rumeur dit que pendant des années, il y eut une piscine dans cette école où s’amusaient tous les élèves. Mais elle a fermé le jour où l’un d’entre eux se noya… Croyez-vous à cette histoire ? Je connais un secret. Si vous me promettez de ne le répéter à personne, je vous le dévoilerai…

Même s’il n’apporte rien de nouveau, Le pensionnat, de Songyos Sugmakanan, constitue une agréable surprise estivale qui donne envie de glace. La première bonne nouvelle, c’est qu’il ne s’agit pas d’un énième avatar opportuniste de Ringu qui fait dans l’horreur asiatique avec des fantômes aux cheveux longs qui viennent pointer le bout de leur nez référentiel. Mais plutôt une démonstration de savoir-faire, plus que de virtuosité, qui tient à la fois de la chronique enfantine, de l’étude de mœurs et de la ghost story. Sa facture, plus proche du classicisme que de l’académisme, propose des visions horrifiques surprenantes mais dépourvues d’agressivité et d’une volonté de mettre mal à l’aise. Pour sous-tendre une menace, il suffit au réalisateur d’augmenter ou de baisser le son ou de composer des plans qui prennent par surprise comme lorsque le jeune protagoniste sur le toit de son pensionnat découvre une profusion de chiens hurlant à la mort et qu’un contre-champ en contre-plongée révèle une ombre menaçante derrière l’enfant.

C’est le défaut de sa qualité : il est trop familial pour réjouir ceux qui s’attendaient à un summum de trouille comme Dark water, d’Hideo Nakata, dernière référence en date, et trop sinueux pour réconforter. En tous les cas, il devient accessible aux enfants du même âge que les protagonistes. Dans cette logique, les zones d’ombre (pourquoi un fantôme hante le pensionnat ? pourquoi la lâcheté du père ? pourquoi le disque répété à l’envi par la directrice ?) possèdent toutes une solution qui n’invite pas à voir le film à répétition pour décortiquer des mystères. Mais l’innocuité est généreusement démentie par des touches de cruauté nécessaires qui empêchent de tomber dans la mièvrerie. C’est dans cet équilibre a priori précaire, en réalité maintenu jusqu’au bout, que l’ensemble convainc gentiment. Sans plus.

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