[CRITIQUE] FINAL CUT de Omar Naim

Evoluant dans un univers futuriste, les gens portent dorénavant des puces électroniques qui enregistrent leurs moindres faits et gestes. Lorsqu’ils décèdent, ces puces sont retirées, et les images enregistrées tout au long de leur vie peuvent alors être montées et diffusées lors de leurs obsèques. Mais un jour, Alan Hakman, l’un des « monteurs » les plus demandés, retrouve pendant l’un de ces montages une image de son enfance qui le hante depuis toujours. Cette découverte va l’amener à chercher la vérité sur sa propre histoire…

Après avoir été névropathe dans Photo obsession et psychopathe dans Insomnia, Robin Williams bénéficie d’un troisième rôle sombre dans Final cut, le premier long métrage d’Omar Naïm, où il campe un monteur qui trie les souvenirs. En réalité, son personnage est plus introverti que potentiellement dangereux : il se sacrifie à la cause des autres pour tenter d’oublier un traumatisme profond. Il faut adhérer au postulat fantastique de base. Sans avoir recours aux effets spéciaux, le film s’accommode de ses maigres moyens pour traiter d’un sujet délicat (la puissance des souvenirs qui ne se délitent pas et influent sur notre quotidien).
Exploité avec plus ou moins de pertinence, le thème de la mémoire est devenu un filon aujourd’hui opportuniste par lequel on peut s’autoriser toutes les pirouettes possibles et les scénarios les plus improbables (revoir le cas de Mémoire effacée, de Joseph Rubbens). Le script pouvait autoriser toutes les surenchères horrifiques, mais Naïm épure son trait et enchaîne les séquences avec une certaine maîtrise.

En revanche, Final cut arrive chez nous avec du retard par rapport à sa sortie américaine et donne l’impression d’être désuet alors qu’en comparaison, il est plus viscéral et intelligent que toutes les récentes déclinaisons sur le sujet. Paradoxe : cet enchâssement d’idées intéressantes sur le papier voit son impact singulièrement affadi à l’écran. Mais ce qu’il perd en visuel, le film le gagne en puisant sa force dans ses thèmes souterrains, qu’il s’agisse de la fragilité de l’enfance ou du sacrifice de soi.

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