[CRITIQUE] DETOUR MORTEL de Rob Schmidt

Un accident paralyse totalement la circulation. Chris ne veut pas manquer son rendez-vous. Il quitte l’autoroute et s’engage dans un chemin de terre pour contourner l’embouteillage. Alors qu’il s’enfonce dans la forêt, il heurte une voiture bloquée au milieu de la route. Ses occupants partaient camper pour le week-end lorsque les pneus ont étrangement éclaté. Le groupe va chercher de l’aide et trouve une cabane. En pénétrant à l’intérieur, le soulagement laisse vite place au cauchemar. Tétanisés par l’horreur de ce qu’ils découvrent, ils n’ont pas le temps de fuir que les occupants arrivent…

Généralement, le Survival movie met en scène un groupe de jeunes gens perdus dans la nature qui doivent affronter des événements surnaturels ou des autochtones peu accueillants. Ce genre, qu’on le prenne à n’importe quel degré, a souvent donné lieu à des films fantastiques très fréquentables, dont La Colline a des yeux de Wes Craven et Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper s’avèrent être les plus brillantes illustrations. Rob Schmidt, déjà auteur d’un premier Crime + Punishment, s’est mis en tête d’explorer ce genre et de revisiter à sa manière le thème du cannibalisme. C’est une tentative honorable. Encore eut-il fallu qu’elle soit réussie.

Pour commencer, Rob Schmidt n’a rien d’un formaliste de génie : il se contente d’aligner des séquences visuellement plus ou moins inspirées et ne signe pas de mouvements de caméra mémorables. Le problème ne vient cependant pas de la forme mais d’un fond qui recycle sans goût tous les éléments classiques du genre. Ainsi, Détour Mortel n’arrive pas à jouer sur les notions de surprises et de découvertes qui sont indispensables pour sortir des clichés. Avec plus ou moins de bonheur, il passe en revue toutes les figures éprouvées (le coup de foudre puis l’amourette entre le héros et la jeune fille qu’il ne connaît pas, l’instant de culpabilité, le passage de la remise en question, la prise de conscience de vraies valeurs comme l’amitié ou le sacrifice de soi).

Le film tente de masquer ces faiblesses avec beaucoup de sang. Mais ce qu’il gagne en ketchup, il le perd en puissance horrifique, tant Schmidt ignore également les vertus de la suggestion, sauf dans une unique excellente scène où le groupe visite la maison des dégénérés. Ici, et seulement ici, le cinéaste montre son savoir-faire technique et joue astucieusement avec le hors-champ. C’est frustrant car c’est seulement à ce moment précis qu’on a enfin l’impression que le cinéaste se lâche et s’affranchit des conventions trop strictes d’un cahier des charges phagocyté. Le résultat est surtout décevant quand on sait que derrière ces immondes créatures, se cache le travail du brillant Stan Winston, le maître des effets spéciaux, dont on connaît les impressionnants travaux sur Jurassic Park et Terminator 2.

L’intérêt va en décroissant. Plus on va vers la fin, plus l’impression de lassitude se fait sentir, précipitée par un dénouement grotesque, refaisant avec beaucoup plus de prétention le «Meurs, pourriture communiste !» de Red is Dead, le film d’horreur de La Cité de la peur. Alors on rit certes, mais on se dit malgré tout que c’est un triste gâchis. On aurait souhaité un film bien plus solide et novateur que cette virée plan-plan en forêt dont la seule bonne idée demeure le passage du gué. Précipité regardable mais inoffensif, Détour Mortel ne laisse pas de profondes séquelles. Gageons d’ailleurs qu’elle n’en donne pas lieu à une, de sequel

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