[CRITIQUE] A CURE FOR LIFE de Gore Verbinski

Buvez, éliminez ! A la mort d’un supérieur terrassé par une crise cardiaque, Lockhart (Dave DeHaan) est envoyé par sa hiérarchie retrouver Pembroke (Harry Groener), l’un des dignitaires de la compagnie qui l’embauche. Ce dernier s’est en effet réfugié dans un très réputé – et néanmoins mystérieux – établissement de remise en forme, dans les Alpes suisses. Le jeune homme ambitieux retrouve sa trace et trouve l’atmosphère des lieux, un peu hors du temps et avec des pensionnaires aux airs de momies, résolument bizarre. Mais un accident de voiture – une collision avec un cerf -, vaudra à Lockhart d’avoir une jambe dans le plâtre et de devoir rester dans ce centre médical, tenu par le Professeur Volmer (Jason Isaacs). Mais qui est donc cette jeune fille blonde, Hannah (Mia Goth), qui semble errer dans le domaine comme un fantôme ? Et quelle est la véritable nature du traitement conféré à toutes ces riches personnes en peignoir ici réunies ? L’eau aurait-elle des vertus magiques ? Une chose est sûre : tout cela n’a pas grand rapport avec un séjour thalasso à Cabourg..

Anguille sous roche. La carrière de Gore Verbinski relève tout de même de l’énigme pour thriller ésotérique, passant du divertissement pour enfants (La Souris) au film d’horreur (Le Cercle) en passant par la saga d’aventures fantastiques (Pirates des Caraïbes), le long-métrage d’animation (Rango), le drame psychologique (le sous-estimé The Weather man) ou le western pour toute la famille (Lone ranger). L’école Howard Hawks de la polyvalence, dira-t-on. Si l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous et si on peine à voir une certaine cohérence thématique, la forme s’avère toujours soignée, chez cet artisan peut-être plus retros qu’il n’y paraît et qui propose avec A Cure for Life (notez la nuance avec le titre original, A Cure for Wellness…) son projet le plus résolument barré. A l’image de sa durée atypique – près de deux heures trente ! – pour ce qui s’apparente à une série B old school. Le film, bien sûr, est long, très long, trop long, mais cela lui confère un côté difforme, malade – à l’instar de ses protagonistes – qui, en fin de compte, lui va plutôt bien. On saisit rapidement la volonté de Verbinski de vouloir refaire un coup à la Shutter Island – il est d’ailleurs troublant de noter la ressemblance, sur certains plans, entre Dane DeHaan et Leonardo diCaprio chez Scorsese ! La comparaison s’arrête cependant là, car les projets n’ont finalement rien à voir. S’il est gangréné par un scénario aux rebondissements parfois poussifs et aux clichés lourdauds (la Suisse rurale appréciera…), A Cure for Life n’en est pas moins passionnant dans sa manière d’agencer différentes écoles du fantastique. Le metteur en scène se montre suffisamment malin pour distiller au fil de son intrigue les clés de son oeuvre, descendant aussi bien des productions Roger Corman que de la Hammer (ou sa descandance ibéro-italienne), des monstres classiques Universal, de l’horreur américaine des années 70 ou, évidemment, de Brazil (tiens, Arnon Michlan a aussi produit le film…) et de Shining – il y a même l’apparition d’un Robocop en jouet, évoquant la possibilité offerte par la science d’une nouvelle vie après la mort ! Le thème est bel et bien présent, dans A Cure for Life, tout comme la l’éternelle jeunesse, les rapports de classe ou la marchandisation des corps – on en passe -, mais ils comptent sans doute moins que la manière dont ils sont, formellement, traités à l’écran. Et s’il ne tient pas forcément bien son récit, déjà un peu pataud, et si certaines scènes tombent dans le ridicule (la virée à la taverne, aïe…), le metteur en scène s’en donne heureusement à coeur joie. Avec la complicité d’un Bozan Bazelli qui pète le feu – les dégradés de blanc sont tout bonnement somptueux -, Verbinski multiplie les scènes saisissantes et s’offre même quelques moments incroyablement déviants pour un film estampillé Fox. Constatez : un héros qui étouffe dans un grand réservoir plein de créatures à écailles alors que le garde supposé le surveiller s’astique en matant une infirmière aux seins flasques, l’irruption dans une piscine très It follows d’une belle vierge en période de ragnagnas dont le sang va attirer des anguilles ayant très faim, on arrête là, on vous en laisse… Le film distille par ailleurs un érotisme troublant, qui doit beaucoup au côté freak de Mia Goth, à laquelle Verbinksi réserve une séquence finale autrement plus frappante que les nunucheries satinées de Cinquante nuances de Grey… La figure récurrente du bain – amniotique par excellence – se révèle alors la métaphore parfaite – et la raison d’être – d’A Cure for Life, celle d’un plongeon dans les grandes eaux de l’histoire du fantastique et de l’horreur, source de tous nos cauchemars. Loin la dictature de l’ironie saignante potache et des jumpscares à la con, voilà un hommage sincère aux origines, pour ne pas dire un salutaire coup de vieux. Qui se révèle paradoxalement régénérant. B.L.

Son nom a beau résonner avec les échos du générique de Pirates des Caraïbes, Gore Verbinski n’est pas un vilain bougre, et encore moins un faiseur tiédasse. Déjà parce que tout n’est pas à jeter dans sa saga (en particulier le second épisode) – qui a cependant flingué toute crédibilité et respect à la carrière de Johnny Depp – et surtout parce que La souris c’était vraiment très chouette (regardez le, revoyez le, faites quelque chose quoi) ou que Lone Ranger était si dinguo qu’il s’est planté au box-office. Un peu chaos alors ? Allez savoir.

Voir ce cher Gore revenir avec une grosse production horrifique sortie de nulle part intrigue du coup au plus haut point : quelque part entre l’accident industriel, le fuck aux tendances du moment (blumblum, satan m’habite et autres connasse à cheveux longs) et le caprice chelou (ça dure quand même 2h20), on se dit qu’il y a forcement quelque chose à se mettre sous la dent. Ironie suprême : le film sort le même mois que la suite de son remake de Ring (oui le Rings qu’il faut surtout pas aller voir), pas déshonorant et un peu creepy, même si son approche démonstrative soulignait bien le fossé entre l’horreur u.s et japonaise. Une chose est sûre : l’homme n’avait pas son pareil pour une imagerie lugubre et carrément graphique. On se dit du coup un peu la même chose avec ce Cure for life qui se résumerait comme un croisement entre Shutter Island (tiens et si on prenait en plus un mec qui ressemble à Leonardo ?) et La montagne magique. Sans rire.

Un jeune loup à qui on filerait bien un pain est chargé de retrouver un collège enfermé dans une cure thermale paumée dans les montagnes suisses. Un endroit paradisiaquemaisenfaitpasdutout qui cache bien évidemment des secrets effroyables derrière des mines réjouies. Pas vraiment un cadre très courant dans le ciné de genre, ce qui donne l’occaz à Verbinski de shooter des décors sublissimes au pays du chocolat et du gruyère. Et c’est beau, qu’est ce que c’est beau.

Passé la bonne surprise de voir un film d’horreur avec une vraie ambition visuelle, on se laisse prendre par l’intrigue tout en comprenant tout très vite : Verbinski ça s’écrit évidemment pas Shyamalan. Est-ce si grave ? Pas vraiment, tant la photo de Bazelli ou le score d’un Benjamin Wallfish très en forme nous en fait voir de toutes les couleurs. Et oui, un beau film d’horreur, old-school et détendu jusqu’au bout de sa queue gluante, même quand il veut faire du suspens avec la cuvette des chiottes, c’est quand même pas désagréable par les temps qui courent. Dommage pour le héros antipathique, dommage aussi pour les clichés racistes (le bar du village semble sortir des années 30 et les djeunz du coin sont des méchants gothiques pas beaux : on se croirait revenu à l’époque d’Hostel tiens), dommage pour l’irritante Mia Goth (la petite amie de Joe dans Nymphomaniac et futur héroïne du nouveau Suspiria) ou Jason Isaacs, qu’on aime bien mais qui répète quand même son rôle de The OA (ou est-ce l’inverse ?). Malgré tout (parce que c’est déjà pas mal à ce stade), tout le plaisir n’est pas gâché : Verbinski convoque les fantômes d’un cinéma enterré, avec des élucubrations baroques héritées du Fantôme de l’Opéra, de Mystery of the Wax Museum ou de La chute de la maison Usher. Ou n’hésite pas à verser dans le crado (un sursaut bien hard à la Marathon Man) ou le scabreux, parfois même gratuitement (Gore, arrête de faire mal aux animaux bordel !). Du moment que ça nous tient loin des Blumeries… J.M.

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