Les Griffes de la nuit. A chacun sa reconversion, après tout. La carrière de super-héros semble en effet loin derrière Wolverine, appelé aussi Logan (Hugh Jackman), qui désormais officie comme chauffeur de limousine pour businessmen en goguette ou enterrements de vie de jeune fille. Le mutant aux griffes d’acier n’oublie pas pour autant son passé, et rend souvent visite à son mentor, le vénérable Professeur Xavier (Patrick Stewart), gardé par le valeureux Caliban (Stephen Merchant) et désormais quelque peu cacochyme – enfin, gare à ce qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments, puisqu’il peut encore paralyser tout ce qui est à proximité de lui… Mais la retraite n’est pas pour tout de suite, en ce qui concerne Logan: une infirmière latino rentre un jour en contact avec lui pour qu’il convoie une petite fille, Laura (Dafne Keen), a priori pas comme les autres. La gamine est en effet poursuivie par une horde d’individus patibulaires en 4X4 king size qu’on ne trouve même pas dans le 9-2. Pourquoi l’ancien cador des X-Men devrait-il, lui, s’occuper de cette mioche à problèmes? Les lames qui sortent des poings de cette petite Laura, qu’il ne vaut mieux pas titiller, constitueront un élément de réponse… Et le début d’une odyssée à travers les States.
Acier décès. On ne peut pas dire que, jusqu’alors, le personnage de Wolverine ait été véritablement gâté par le cinéma – pour ses épisodes «privés», tout du moins. On ne garde pas un immense souvenir de X-Men Origins : Wolverine du yesman Gavin Hood et de Wolverine : Le combat de l’immortel de James Mangold. C’est pourtant ce dernier qui se retrouve à nouveau aux commandes des tribulations de celui qu’on appelait, antan, Serval ou Le Glouton! Et force est de constater que, lorsqu’on lui fiche la paix, le soutier Mangold fait le boulot. Et bien. Rien de plus normal, au fond, dès qu’il touche au western classique, qu’il aborde frontalement (son remake sous-estimé de 3h10 pour Yuma), de manière décalée (Copland) ou lorsque ses films sentent le saloon (Heavy, Walk the line).
Certes inégalement inspiré, ce cinéaste connaît toutefois sur le bout des doigts les règles d’un certain âge d’or hollywoodien, qui trouve sa meilleure illustration dans une scène-clé de Logan, lorsque les protagonistes regardent à la télé L’Homme des vallées perdues de George Stevens, avec Jack Palance en super-vilain! Il s’agit dès lors pour Logan de renouer avec des œuvres de ce genre, et d’arrêter les marvelleries teeneuses aux personnages encore plus virtuels que les CGI les représentant. S’il est évidemment ici question de mutants, c’est pourtant l’humain qui compte durant ces quelques deux heures quinze. Les corps sont vieillis, plein de cicatrices, gangrénés par un passé trop lourd – à l’instar d’une imagerie du genre trop chargée. Ça pue même la mort, pour ne pas dire la charogne. Il est ainsi difficile de ne pas être saisi par la violence, ahurissante, de Logan qui, au-delà de sa réussite graphique, semble particulièrement puissante en raison de la crédibilité de ses héros et du tempo, jamais hystérique, qui sait jouer du contraste.
Visuellement, Mangold impose également des tons crépusculaires et poussiéreux, magnifiquement mis en lumières par John Mathieson (pourtant pas dans les chefs op’ superstars, malgré ses collaborations avec Ridley Scott). Il y a d’ailleurs du Clint Eastwood période Impitoyable ou du Schwarzy de Terminator 2 (difficile de ne pas y songer, lors de plusieurs scènes), dans la composition de Hugh Jackman qui n’a sans doute jamais été aussi bon à l’écran. Un peu à la manière de Mad Max Fury Road – toutes proportions gardées – ou du roman La Route de Cormac McCarthy, Logan distille quelques accents mythologiques, avec sa créature à rouflaquettes en quête d’un Éden de BD – on notera d’ailleurs la mise en abyme de Wolverine face à la reproduction de ses exploits dans un vieux comics…
S’il est très beau, convaincant dans sa forme et passionnant dans sa démarche, Logan a aussi ses défauts, pour l’essentiel concentrés dans sa deuxième moitié – comme si la Fox avait soudain joué les moniteurs d’auto-école pour surveiller les exploits d’un élève devant repasser le permis de tourner un blockbuster. Sans rien dévoiler, le récit, répétitif, patine un peu, les situations deviennent plus attendues, et la scène de combat final n’impressionne pas vraiment eu égard à tout ce qui a été montré une heure plus tôt. Et, éclatons le bouton de pus: Boyd Holbrook est un peu à la ramasse, en méchant à paluche de cyborg. Heureusement, la conclusion s’avère audacieuse et cohérente, émouvante aussi, nous rappelant que la différence entre un adieu et un nouveau départ tient parfois à un petit rien. Pourquoi pas un requiem de Johnny Cash…

