Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de Think Twice, composée par Larry Mizell pour Donald Byrd. La progression harmonique reste reconnaissable, mais l’arrangement change : Fender Rhodes, trompette, saxophone, basse, batterie et synthétiseurs se partagent le morceau. C’est au début de cette même année que Craig enregistre The Detroit Experiment en cinq jours au White Room, à Detroit, avec Marcus Belgrave à la trompette, Allan Barnes au saxophone, Jeremy Ellis au Rhodes et Ron Otis à la batterie. Craig joue aussi la basse, la guitare et les synthétiseurs. Aaron Levinson et Craig assurent la production de Think Twice. Barnes était notamment membre des Blackbyrds, le groupe formé par Donald Byrd à partir de musiciens de l’université Howard. À l’écoute, le Fender Rhodes de Jeremy Ellis donne aux accords une attaque douce et un grave plus présent. Les synthétiseurs de Craig interviennent par touches courtes, souvent en arrière-plan. La trompette de Marcus Belgrave ne déroule pas la mélodie note pour note : certaines notes sont longues, d’autres plus brèves, et plusieurs phrases commencent après un silence. Le saxophone d’Allan Barnes apporte une attaque plus nette et un timbre plus dense. Rhodes et trompette dialoguent, puis laissent place au saxophone et aux claviers, avant de se retrouver.

C’est le solo de Belgrave qui retient particulièrement Henrik Schwarz lorsqu’il remixe le morceau en 2009. Il l’isole dans Melodyne et passe environ six semaines à déplacer les notes une par une. Il découvre ainsi une ligne faite de phrases de longueurs différentes, de notes tenues et de silences. Le Rhodes vient parfois combler ces espaces ; un synthétiseur surgit au bout d’une phrase avant de disparaître. Dans les dernières minutes, la trompette reste même seule pendant quelques mesures, jusqu’au retour du Rhodes ou du saxophone. La collaboration entre Craig et Belgrave se poursuit ensuite dans différents projets. Dans Think Twice, l’intérêt repose précisément sur cette subtile circulation entre les instruments, qu’il convient d’écouter avec attention : la basse renforce les graves, le Rhodes étire l’harmonie, la trompette fragmente la ligne mélodique et le saxophone lui donne davantage d’attaque. À la fin, s’ils ne jouent plus tous ensemble, la progression harmonique n’en poursuit pas moins son chemin.

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