Peut-être l’une des plus belles chansons au monde. On a envie de dire ça, de s’arrêter à ça et vous dire d’écouter ce morceau immédiatement, de vous laisser porter par son infinie beauté… Si vous êtes toujours là, sachez que Sleep the Clock Around se trouve sur l’album The Boy With the Arab Strap, leur troisième album, sorti le 7 septembre 1998. Il y a là une grande partie de ce qui fait alors la singularité du groupe écossais : une pop si mélodique et si délicate, des arrangements minutieux, une mélancolie diffuse et, surtout, une capacité à faire surgir une forme d’ampleur à partir d’éléments apparemment modestes.
La chanson commence pourtant de manière presque retenue, semblant avoir déjà commencé quelque part avant de venir à nous. Puis les voix de Stuart Murdoch et Isobel Campbell. Puis les synthétiseurs, l’orgue, la guitare, la basse et la batterie qui installent une pulsation régulière, tandis que le Fender Rhodes de Chris Geddes et la trompette de Mick Cooke participent à la montée en puissance. Puis arrivent les cornemuses. Dans la dernière partie, elles rejoignent le Fender Rhodes, la trompette et les nappes de synthétiseur pour transformer progressivement la chanson en une longue montée instrumentale. L’effet est moins celui d’un gimmick folklorique que celui d’un véritable aboutissement orchestral. Cette utilisation de la cornemuse est d’autant plus remarquable qu’elle arrive au terme d’un morceau construit sur la retenue. Là où elle pourrait facilement devenir emphatique ou décorative, Belle and Sebastian l’intègrent à une progression douce et continue. La dernière minute, en particulier, fait progressivement disparaître la frontière entre pop, électronique et instrumentation acoustique. Et tout ce mélange pour quoi ? Pour rappeler qu’on est heureux d’être vivants.



