Culte des années 2000 : Beirut – « Nantes »

Avec Nantes, Beirut transforme une chanson d’amour en valse mélancolique, portée par les cuivres, l’accordéon et la voix fragile de Zach Condon. Le morceau figure sur The Flying Club Cup, deuxième album du groupe, sorti en 2007 et largement marqué par les sonorités de fanfare d’Europe de l’Est qui caractérisent alors son univers. Le titre fait directement référence à la ville française de Nantes, mais la chanson ne raconte pas à proprement parler une histoire située dans la cité. Condon y évoque plutôt une relation marquée par la distance et le temps qui passe. Dès les premières paroles, le narrateur s’adresse à une personne qu’il n’a pas vue sourire depuis longtemps. La chanson devient alors une invitation à sortir, à oublier momentanément les difficultés et à profiter de la nuit.

Musicalement, Nantes repose sur un contraste entre cette mélancolie et une instrumentation presque festive. L’accordéon, les cuivres et les percussions donnent au morceau une allure de marche ou de valse, tandis que la voix de Condon conserve quelque chose de retenu et de nostalgique. Cette opposition entre une musique entraînante et un texte traversé par la tristesse constitue l’une des particularités du morceau. Le français apparaît également dans la chanson, un extrait dialogué du film La Bête humaine de Jean Renoir, sorti en 1938, avec Jean Gabin et Simone Simon. Ce changement de langue renforce le sentiment d’étrangeté et de déplacement qui traverse le morceau, sans pour autant transformer Nantes en chanson véritablement francophone. Cette couleur musicale s’inscrit dans les influences revendiquées par Condon, notamment les fanfares des Balkans et d’Europe de l’Est.

Sur The Flying Club Cup, Beirut développe ainsi un imaginaire européen largement rêvé, fait de villes, de voyages et de souvenirs. Nantes en constitue l’un des morceaux les plus immédiatement mélancoliques : derrière son apparente légèreté instrumentale, la chanson parle de distance, de fatigue sentimentale et de cette envie de retrouver, ne serait-ce qu’une nuit, quelque chose qui semble déjà perdu.

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