Culte des années 2000 : Wax Tailor – « How I Feel »

En 2005, Wax Tailor, alias Jean-Christophe Le Saoût, publie Tales of the Forgotten Melodies, son premier album. Issu du hip-hop français et ancien membre de La Formule, le producteur y développe une formule fondée sur le sampling, les beats downtempo, le trip-hop et les dialogues de films. Le dix-septième morceau de l’album, How I Feel, repose sur un sample particulièrement identifiable : la voix de Nina Simone dans Feeling Good. Enregistrée à New York en janvier 1965 et publiée la même année sur l’album I Put a Spell on You, la version de Simone deviendra l’une de ses interprétations les plus connues. Wax Tailor en prélève la voix et l’intègre à une production composée d’une ligne de basse, de cuivres, de cordes et d’une rythmique downtempo.

Le procédé correspond à l’esthétique de Tales of the Forgotten Melodies. Le disque fonctionne comme un assemblage de samples, d’instrumentations et de fragments de dialogues. How I Feel en constitue l’un des exemples les plus directs : une voix soul immédiatement reconnaissable placée au-dessus d’une production électronique et hip-hop. Le contraste entre la voix de Simone et la production de Wax Tailor est au cœur du morceau. L’interprétation originale, arrangée par Hal Mooney, possède une dimension orchestrale et dramatique. Wax Tailor extrait cette voix de son contexte original pour en faire un élément de collage, selon une méthode qui traverse tout l’album.

Le disque installe Wax Tailor dans une scène française qui travaille alors à la croisée de l’abstract hip-hop, de l’électronique et du trip-hop. Tales of the Forgotten Melodies est construit autour de cette esthétique de collage, avec notamment des interventions de Charlotte Savary, Marina Quaisse et du groupe américain The Others. Avec How I Feel, Wax Tailor applique donc une recette devenue classique du hip-hop instrumental : prendre une voix déjà chargée d’histoire et la replacer dans un nouvel environnement sonore. Ici, la matière première est Nina Simone. Le résultat, lui, appartient pleinement au paysage trip-hop et abstract hip-hop français du milieu des années 2000. La France possède alors son propre rapport au trip-hop. Après les grandes heures de Massive Attack, Portishead et Tricky, puis l’explosion de l’abstract hip-hop américain, une génération de producteurs français s’empare du sampling comme d’un outil de composition à part entière. Wax Tailor y ajoute une dimension presque rétro-futuriste : beaucoup de poussière, beaucoup de cinéma, beaucoup de mélancolie, mais des beats suffisamment nets pour ne jamais sombrer dans l’ambient.

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