Avec Oblivion, Grimes signe l’un des morceaux les plus marquants de sa carrière et, pour certains critiques, l’une des chansons emblématiques des années 2010. Pitchfork l’a d’ailleurs classé parmi les meilleurs titres de la décennie. À l’écoute, son efficacité tient d’abord à une ligne de basse synthétique bondissante, immédiatement reconnaissable, qui porte presque à elle seule le rythme du morceau. La voix de Claire Boucher, volontairement légère, aiguë et parfois difficile à déchiffrer, ajoute une étrange distance à l’ensemble.
Cette apparente insouciance contraste pourtant avec le sujet profondément sombre de la chanson : la peur de la violence sexuelle et les traces laissées par une agression. Grimes transforme ainsi une expérience traumatique en un morceau dansant, sans jamais effacer complètement la menace qui se trouve au cœur de son récit. C’est précisément cette contradiction qui fait la singularité d’Oblivion. Le morceau fonctionne immédiatement comme une pop électronique accrocheuse, mais révèle progressivement une dimension beaucoup plus politique. La difficulté à saisir les paroles dès la première écoute permet à la chanson d’exister comme un pur objet de groove, tandis que son propos lui donne une profondeur et une portée durables. La production reste immédiatement identifiable et son mélange de légèreté, d’angoisse et de radicalité conserve toute sa force.



