[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] « Bad haircut » de Kyle Misak, le Frankie Ray horror picture show

Un étudiant timide et mal dans sa peau (Spencer Harrison Levin) en a marre d’être transparent dans des soirées où tout le monde a l’air si cool, et plus cool que lui. Ainsi, pour atteindre cette coolitude naturelle, il est convaincu par deux de ses potes qu’une nouvelle coupe de cheveux chez un super coiffeur (Frankie Ray, qui déroule un vrai numéro) va tout changer. Mais dès la première visite chez le coiffeur, disons que quelque chose cloche chez notre roi du ciseau, aussi envahissant que loquace… et évidemment, on a raison.

Avec Bad Haircut, présenté à l’Étrange Festival, le réalisateur Kyle Misak transforme ce qui commence comme un teen movie primesautier sur le joug des apparences et du regard des autres en un conte noir. Son objectif, louable, consiste à prendre des chemins de traverse et à ne pas se contenter d’un humour potache par trop facile : il cherche sa voie entre la comédie horrifique et le thriller psychologique, tente de maintenir l’équilibre entre malaise et humour, de rendre son coiffeur psychopathe un peu plus complexe qu’un simple pantin gesticulant sorti de chez Tim Burton, et de ménager des décrochages autour de discussions anodines sur une collection de nudies (français, de préférence) ou la saveur des tacos. Lorsque la seconde partie du récit bascule dans la captivité, le huis clos puis l’action (comment s’en sortir), les coutures craquent, faute de vraisemblance, et les scories (incohérences à tous les étages, personnages secondaires réduits à des bouche-trous scénaristiques, sacrifiés ou mal gérés, problèmes de rythme, gestion incertaine de l’espace…) sautent aux yeux.

Sans prétention, l’ensemble se laisse toutefois regarder pour son mauvais esprit assez décapant (quelques répliques parfois bien senties) et pour les promesses qu’il contient (on pense aux débuts de Jonathan Levine, le réalisateur de All the Boys Love Mandy Lane). On peut aussi prendre son mal en patience quand il se plante en jouant au jeu des ressemblances improbables autour de cette drôle de créature aux doigts d’argent et aux rêves de midinette, fantasmant un amour au romantisme suranné : Frankie Ray, dont l’abattage suffit à « faire film ». D’ailleurs, à qui nous fait-il vraiment penser ? S’agit-il en réalité d’Ed Harris qui aurait fusionné avec Keith Richards et Beetlejuice ? Ou bien de Pierre Richard en Tim Curry dans The Rocky Horror Picture Show, ou encore d’une resucée du Buffalo Bill de Ted Levine dans Le Silence des agneaux de Jonathan Demme ? Finalement, le film finit par lui-même donner la meilleure réponse : c’est « Steven Tyler qui serait sorti du séchoir ».

1h 49min | Comédie, Epouvante-horreur, Romance
De Kyle Misak | Par Kyle Misak
Avec Spencer Harrison Levin, Frankie Ray, Larry Hankin

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