Passé avec succès du côté du petit écran avec les excellentes séries Too Old to Die Young et Copenhagen Cowboy, voilà maintenant plus d’une décennie que s’allongeait l’absence au cinéma de Nicolas Winding Refn, à qui l’on doit, entre autres (faut-il les citer ?), la trilogie Pusher, Bronson, Le Guerrier silencieux, Drive, Only God Forgives, The Neon Demon. Soit autant de films défendus très haut et très fort par Chaos depuis des années. C’est dire si Her Private Hell était attendu. D’autant plus que son histoire fleure bon l’étrangeté, se déroulant dans une métropole futuriste aux prises avec un tueur masqué, tandis qu’une jeune femme tente de renouer avec son paternel.
Puis, passée l’excitation de voir un nouveau NWR, un premier constat s’impose assez vite, hélas : jusqu’ici assez irréprochable plastiquement, le cinéaste danois montre avec cette nouvelle itération les signes d’un vrai déclin. Très précisément, le magnifique, toujours plus proche de la couverture de magazine que du véritable plan de cinéma, côtoie ici l’hideux, dans des lumières néon mal maîtrisées bavant sur les fonds numériques de nombreux décors, et l’on se dit que quelque chose ne tourne pas rond. Il apparaît que NWR semble, comme jamais auparavant, cruellement manquer d’idées formelles pour dynamiser une mise en scène très figée alignant des plans exempts de toute vie. Tout devient « décor », « costume », « maquillage »… Ce qui est certes au demeurant très esthétique, mais rarement propice à autre chose que la pose. Il y a bien une maigre séquence de soirée pour convier une once de vie dans un objet bien artificiel, geste bienvenu s’il n’était au final pas au service d’un fond d’une telle vacuité.
Car, et c’est là qu’il y a lieu de s’inquiéter, c’est que Refn tombe, avec une rare complaisance, dans la caricature à laquelle le résumaient jadis ses détracteurs. On saisit, après quelques minutes à peine, que les personnages présentés n’auront guère plus de consistance que des fantasmes simplistes et grossiers (stéréotype de blonde écervelée, personnages féminins qui miaulent – oui, vraiment…), jusqu’à la misogynie la plus crasse qui soit, englués dans un érotisme pénible. Par-dessus les images, il y a le flux planant des dialogues du cinéaste en proie à des interprétations pour le moins égarées et celui qui prétend au mystique finit par ne filmer que l’abscons. Bref, l’appel du long-métrage au conte n’excuse pas ce salmigondis poseur et creux, lourdé par une bande musicale sirupeuse, pourtant signée par Pino Donaggio et prétendument proche du ballet, mais plus apte à noyer nos encéphales déjà agacés. Sur ces presque deux heures de néant dément, on se consolera comme on peut, le temps d’un segment plus proche des rivages connus du cinéaste, à base de violence vengeresse organique et de lumières plus tamisées, l’écartant alors un temps de toutes ces affres pénibles et prétentieuses…
23 septembre 2026 en salle | 1h 50min | ThrillerDe Nicolas Winding Refn | Par Nicolas Winding Refn, Esti Giordani Avec Sophie Thatcher, Charles Melton, Kristine Frøseth |
23 septembre 2026 en salle | 1h 50min | Thriller


