Malgré sa sortie (très !) tardive et discrète, Tommy Guns est, n’en doutons pas, le film le plus original et le plus étrange sorti cet été. Le plus chaos aussi, vous vous en doutez. Il y a quelque chose dans le langage cinématographique de Carlos Conceição, quelque chose qu’on aime par-dessus tout : l’amour du cadre, le traitement du réel par l’irréel, la porosité des genres pour mieux parler du monde d’hier et d’aujourd’hui.
Tommy Guns débute dans l’Angola du début des années 1970, alors encore sous occupation portugaise et peu avant son indépendance. La longue et hypnotisante intro suit la trajectoire d’une jeune fille ballottée entre les traditions de son pays, l’omniprésence de la mort et le catholicisme imposé des colons. Pas besoin d’attendre longtemps pour comprendre que le réalisme documentaire n’est clairement pas ce qui intéresse Conceição : à la nuit tombée, les morts peuvent surgir de leur tombe et il suffit d’un orage pour changer la veillée d’une religieuse isolée en home invasion. L’ombre de Buñuel n’est d’ailleurs pas toujours très loin : des crucifix nettoyés dans un point d’eau au bord d’un ravin, un soldat bien trop plongé dans son livre de poésie pour voir son camarade se faire assassiner, un médaillon de Notre-Dame de la Conception avalé…
Puis la fable d’amour et de mort laisse place à un bataillon de soldats sous la férule d’un commandant mesquin à la gâchette facile. Des soldats qui semblent avoir été enfantés hier, de pseudo-angelos en fuite dans leur tête et dans leur corps, s’accrochant à ce qu’ils peuvent : une musique sur un tourne-disque, des images, des souvenirs… En plus de leur caserne de fortune, un immense mur traversant la cambrousse les isole du reste du monde. Quelque part, on n’est pas loin d’un Beau Travail baroque, où l’arrivée d’une prostituée va soudainement propulser le film sur les rives de l’inconnu. Difficile de ne pas repenser à ce strip-tease vulgaire devant des fantassins médusés, le tout sur le turbo-mélancolique Spring, Summer, Winter and Fall des Aphrodite’s Child, au bas mot, l’une des plus belles chansons du monde. La belle dame, lascive et lasse, devient le grain de sable dans la machine, à la fois objet du désir interdit, mère potentielle, menace et porte de sortie… Passé et présent, morts et vivants, rêves et cauchemars : Carlos Conceição se sert d’un dernier acte ouvertement fantastique pour bâtir un pont entre les mondes et célébrer un art du désenchantement dont on ne peut qu’être admiratif.
29 juillet 2026 en salle | 1h 59min | Drame, FantastiqueDe Carlos Conceição | Par Carlos Conceição Avec João Luís Arrais, Anabela Moreira, Gustavo Sumpta Titre original Nação Valente |
29 juillet 2026 en salle | 1h 59min | Drame, Fantastique

![[INTERVIEW CARLOS CONCEIÇÃO] Le réalisateur revient sur son film « Tommy Guns », découverte chaos de l’été](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/08/CARLOSC2-1068x713.jpeg)
